La jalousie est une peur de perdre l’autre, souvent mêlée de colère. Elle dit quelque chose d’un besoin (être rassuré, compter pour l’autre, se sentir choisi) bien plus qu’une faute de l’autre. Elle devient un problème quand elle pousse à surveiller ou à contrôler : on parle alors de contrôle, et il existe des repères pour le reconnaître.
Pour l’ensemble de mon approche du couple, voyez la page sur la thérapie de couple à Paris 12 et en visio.
La jalousie dans le couple : l’essentiel
- Être jaloux de temps en temps fait partie de la vie à deux. Sous la jalousie, il y a une peur de perdre et un besoin qui n’a pas été dit.
- Elle déborde quand elle se transforme en surveillance : lire le téléphone, exiger des comptes, interdire une sortie, couper l’autre de ses proches.
- Une thérapie de couple aide à trouver le besoin caché. Si vous avez peur de l’autre ou s’il vous contrôle, appelez le 3919 (gratuit, anonyme, jour et nuit).
La jalousie, c’est quoi exactement ?
On est jaloux quand on craint qu’une autre personne prenne sa place auprès de celui ou de celle qu’on aime, si bien qu’il y a trois personnes dans la scène, même quand la troisième n’existe que dans l’imagination.
C’est ce qui la distingue de l’envie. Le psychiatre américain Harry Stack Sullivan, cité par Robert Moore, voyait l’envie se jouer à deux, entre moi et celui qui a ce que je n’ai pas, et la jalousie à trois au moins. Selon lui, les deux reposent sur un doute de sa propre valeur : je ne vaux pas assez pour que tu m’aimes, ou tu en aimeras un autre davantage (Moore, Facing the Dragon, chapitre 9).
Alexander Lowen, l’un des fondateurs de l’analyse bioénergétique, range la jalousie dans les émotions composées, tout près de l’envie. Il remarque que, chez le jaloux, l’hostilité passe facilement aux actes, et c’est bien ce qui inquiète (The Voice of the Body, conférence II « The Spectrum of Emotions »).
On parle aussi de jalousie rétroactive quand elle porte sur le passé de l’autre : ses anciens partenaires, une histoire d’avant la rencontre. Rien ne s’est passé dans le couple, et pourtant la peur est là.
D’où vient la jalousie ?
Ce que dit la recherche
Une étude menée sur 847 adultes a cherché ce qui rend certaines personnes plus jalouses que d’autres. Les plus jaloux étaient en moyenne plus anxieux de nature, et leur attachement était plus inquiet, marqué par la peur d’être abandonné. Le résultat ne changeait ni selon le sexe, ni selon que la personne avait déjà vécu une infidélité ou non (Richter et al., 2022).
Les spécialistes de l’attachement décrivent un cercle bien connu : l’un poursuit, l’autre se met à distance, et chacun prête à l’autre de mauvaises intentions. Quand on ne croit plus que l’autre sera là, la menace d’abandon réveille la peur et la colère, et rétablir cette confiance devient le cœur du travail (Guédeney et Guédeney, L’attachement : approche clinique, chapitre 19).
Ce que dit l’histoire de chacun
La jalousie d’aujourd’hui rejoue souvent une scène plus ancienne. On parle d’imago pour désigner l’image du couple que chacun porte en lui depuis l’enfance et qu’il projette sur l’autre. Une soirée sans nouvelles peut réveiller un parent qui partait, une promesse non tenue, une place jamais vraiment acquise.
Les réseaux sociaux
Un « j’aime », un abonnement, une heure de connexion : le téléphone donne à la jalousie de quoi se nourrir. Une étude canadienne a suivi 322 jeunes adultes en couple pendant deux ans. Ceux qui se disaient jaloux à cause des réseaux sociaux surveillaient davantage leur partenaire en ligne, et ils étaient moins satisfaits de leur couple un an plus tard (Métellus et al., 2025). C’est la jalousie elle-même, plus que la surveillance, qui allait avec un couple moins heureux : surveiller ne l’apaisait pas.
Ce que la jalousie dit d’un besoin
La Gestalt-thérapie parle de figure et de fond. Ce qui saute aux yeux, la figure, c’est la peur et la colère : « avec qui tu parlais ? ». Ce qui reste derrière, le fond, c’est un besoin qu’on n’a pas su dire, celui d’être rassuré, de compter, d’avoir sa place. Tant que l’on se bat sur la figure, le besoin reste dans l’ombre et la dispute recommence.
La Gestalt propose aussi une autre lecture, à prendre comme une hypothèse parmi d’autres. Dans le livre fondateur de 1951, Perls, Hefferline et Goodman décrivent la jalousie comme un exemple courant de projection : on soupçonne chez l’autre ce que l’on n’ose pas voir en soi, par exemple une envie d’ailleurs que l’on s’interdit. Ils notent aussi qu’il ne sert à rien de prouver au jaloux qu’il se trompe, car la même scène revient avec un autre indice (Gestalt Therapy, 1951, p. 214).
Pour Gordon Wheeler et Lena Axelsson, projeter, c’est tenir à distance une part de soi jugée honteuse, puis la voir en plus grand chez les autres (Gestalt Therapy, 2015, p. 47). Cette lecture ne fait pas du jaloux un coupable, elle ouvre une question : et si une part de cette peur parlait de moi ? Pour comprendre où le contact avec l’autre se coince, la page sur le cycle de contact en Gestalt donne des repères. La projection fait partie de ce que la Gestalt appelle les interruptions du contact.
Jalousie ou contrôle : où est la limite ?
Ressentir de la jalousie n’est pas une violence, alors que l’imposer à l’autre peut en devenir une. Le tableau oppose deux façons de vivre la même peur, avec des phrases écrites pour l’exemple.
| Situation | Jalousie qui se dit | Jalousie qui contrôle |
|---|---|---|
| Un retard sans nouvelles | « J’ai eu peur quand tu es rentré tard sans m’écrire. » | Exiger de savoir où l’autre est à chaque instant, l’appeler sans arrêt |
| Le téléphone | « Ça m’inquiète quand tu ris à un message sans me dire de qui il vient. » | Lire ses messages en cachette, exiger ses codes |
| Une sortie | « Je me sens un peu à l’écart quand tu sors sans moi. On peut se garder une soirée à nous ? » | Interdire la sortie, choisir ses vêtements |
| Les amis et la famille | « J’ai besoin qu’on passe aussi du temps à deux. » | Le couper de ses amis, de sa famille, le dénigrer devant eux |
Le violentomètre, un outil conçu en France pour repérer les violences dans le couple, place des comportements de ce type dans sa zone orange, intitulée « Vigilance, dis stop ! ». On y lit notamment : il est jaloux et possessif en permanence, il contrôle tes sorties, tes habits, ton maquillage, il fouille tes textos, tes mails, tes applis, il t’isole de ta famille et de tes proches (violentomètre, version 2025, Centre Hubertine Auclert).
La recherche va dans le même sens. Une méta-analyse, qui réunit de nombreuses études, trouve que la jalousie, les comportements de contrôle et le pouvoir pris sur l’autre sont associés à la violence psychologique dans le couple (Keilholtz et al., 2023). Quand la jalousie sert à garder la main sur l’autre, elle rejoint la lutte de pouvoir dans le couple.
Si vous êtes du côté de celui ou de celle qu’on contrôle, ou si vous avez peur de votre partenaire, appelez le 3919 (Violences Femmes Info), gratuit, anonyme et ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En cas de danger immédiat, appelez le 17. Si vous ne pouvez pas parler, envoyez un SMS gratuit au 114. Le site arretonslesviolences.gouv.fr donne d’autres contacts.
Quand la jalousie devient une obsession
On parle de jalousie maladive quand les pensées tournent sans fin, que l’on vérifie et cherche des preuves, et qu’aucune preuve ne rassure. Perls et ses coauteurs le notaient déjà, le jaloux trouve toujours un détail vrai pour confirmer ce qu’il imagine. La souffrance, elle, est réelle des deux côtés.
Il existe une forme beaucoup plus rare, la jalousie délirante, appelée aussi syndrome d’Othello : la personne est certaine d’être trompée, sans aucun élément, et rien ne peut la faire douter. Une revue de 73 cas publiés la relie à une autre maladie dans la moitié des cas (surtout un accident vasculaire cérébral ou une démence), à un trouble psychiatrique, à un médicament ou à une substance. Elle rapporte aussi des violences dans un tiers des cas (Park et al., 2024). Dans cette situation, il faut consulter un médecin ou un psychiatre.
Si la jalousie vous épuise au point d’avoir des idées noires, le 3114 vous répond à toute heure. La page d’auto-évaluations en santé mentale peut aider à faire le point.
Que faire quand on est jaloux ?
- Nommer l’émotion avant d’agir. « Je suis jaloux en ce moment » : le dire, même à soi, met un peu de distance entre la peur et le geste.
- Dire sa peur plutôt qu’accuser. « J’ai eu peur de compter moins pour toi » s’entend mieux que « tu me caches quelque chose ». La page sur la communication non violente en couple montre comment passer du reproche au besoin.
- Ne pas fouiller. Ni ce qu’on trouve ni ce qu’on ne trouve pas ne rassure vraiment.
- Repérer ce qui déclenche. Une heure, un prénom, une absence de réponse : noter quand la jalousie monte aide à voir ce qu’elle rappelle.
Quand on vit loin l’un de l’autre, la jalousie trouve un terrain plus facile : voyez ce qui change pour un couple à distance. Après une trahison réelle, elle a une cause précise, que la page sur le couple après une infidélité traite à part. Pour les autres passages difficiles qu’un couple traverse, voyez les différentes crises dans le couple.
Que faire quand c’est votre partenaire qui est jaloux ?
Se justifier sans fin ne marche pas, car chaque réponse appelle une nouvelle question. Mieux vaut entendre la peur (« je vois que tu as eu peur ») sans accepter l’accusation. Dites ensuite ce que vous êtes prêt à faire, prévenir d’un retard par exemple, et ce que vous refusez, comme donner vos codes ou renoncer à vos amis. Certains couples envisagent une pause quand la jalousie épuise tout le monde : voyez faire une pause dans le couple.
Vous surveillez vos propres gestes pour éviter une crise, ou l’un des comportements du tableau fait partie de votre quotidien ? Protégez-vous d’abord, et appelez le 3919, qui est là pour cela.
Comment je travaille la jalousie en séance
Quand la jalousie est au centre de la séance, je demande à la personne ce que cela implique pour elle, et quel est le besoin caché derrière ce comportement.
Pour moi, la jalousie parle de la peur de perdre : l’aversion à la perte, qui se transforme en possession.
Je commence par ramener les personnes au moment présent, pour qu’elles puissent dire ce qu’elles vivent dans leur couple, leurs souffrances et leurs manques, afin de les transformer en besoins. Le cadre reste le même : parler de soi et pas de l’autre, de ce que l’on vit et de la façon dont on le vit. Et je pose presque toujours la question : « qu’est-ce que la situation que vous vivez vous rappelle ? ».
Un exercice à deux
Je propose aux couples de reprendre et de discuter certains événements qui ont suscité de la jalousie, pour les décomposer et regarder les besoins cachés.
Chez vous, vous pouvez vous y prendre ainsi :
- Choisissez un moment calme, jamais juste après une crise, et un seul événement, plutôt récent et pas le plus douloureux.
- Celui qui a été jaloux raconte ce qui s’est passé, ce qu’il a ressenti et ce qu’il a eu peur de perdre, en parlant de lui et pas de l’autre.
- L’autre redit avec ses mots ce qu’il a entendu, sans se défendre. Puis vous cherchez ensemble le besoin qui était dessous.
- Si la tension monte, arrêtez-vous et fixez un autre moment.
Se faire aider à deux
La jalousie se calme rarement à coups de preuves. Elle se comprend mieux à deux, avec un tiers qui n’est pris dans aucun camp. Une séance de couple dure 1 h 20 et coûte 140 € au Cabinet du Faubourg, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris 12, ou 120 € en visio sur Zoom. Je reçois du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, au cabinet ou en visio, et le jeudi de 18 h à 22 h 45, en visio uniquement. Pour la suite, voyez comment se passe la première séance de thérapie de couple et mon approche du couple, au cabinet et en visio.
Questions fréquentes
La jalousie est-elle une preuve d’amour ?
Elle montre que l’on tient à l’autre et que l’on a peur de le perdre. Elle ne mesure pas la force de l’amour pour autant. Une jalousie qui surveille ou qui interdit traduit surtout une peur que l’on n’arrive pas à porter seul.
Peut-on guérir de la jalousie ?
La jalousie reste une émotion, et l’on ne s’en débarrasse pas tout à fait. On peut apprendre à repérer ce qui la déclenche et à dire sa peur au lieu d’accuser, pour qu’elle ne décide plus à votre place. Si elle tourne à l’obsession sans aucun élément réel, un avis médical s’impose.
Je suis jaloux depuis que mon conjoint m’a trompé : est-ce normal ?
Oui, c’est fréquent, car la confiance a été blessée par un fait réel, et le travail diffère d’une jalousie sans motif. Les étapes que traversent souvent les couples sont décrites dans la page sur l’après-infidélité.
Mon partenaire refuse de consulter : puis-je venir seul ?
Oui, on peut travailler sa propre part et ce que la situation réveille en soi : voyez la thérapie de couple quand on vient seul.
Une thérapie de couple en visio, c’est possible pour la jalousie ?
Oui, et chacun peut se connecter depuis un lieu différent. Voyez ce que disent les études dans la thérapie de couple en ligne est-elle efficace ?
Sources
- Richter M., Schlegel K., Thomas P. et Troche S. J. (2022). Adult Attachment and Personality as Predictors of Jealousy in Romantic Relationships. Frontiers in Psychology, 13, 861481. doi.org/10.3389/fpsyg.2022.861481
- Métellus S., Vaillancourt-Morel M.-P., Brassard A. et Daspe M.-È. (2025). Attachment Anxiety and Relationship Satisfaction in the Digital Era: The Contribution of Social Media Jealousy and Electronic Partner Surveillance. Journal of Marital and Family Therapy, 51(4), e70074. doi.org/10.1111/jmft.70074
- Keilholtz B. M., Spencer C. M., Vail S. et Palmer M. (2023). Relationship dynamics associated with emotional IPV perpetration and victimization: A meta-analysis. Journal of Marital and Family Therapy, 49(2), 411-430. doi.org/10.1111/jmft.12630
- Park J. H., Sarwar S., Hassett L. C., Staab J. P. et Fipps D. C. (2024). Clinical Characterization, Course, and Treatment of Othello Syndrome: A Case Series and Systematic Review of the Literature. Journal of the Academy of Consultation-Liaison Psychiatry, 65(1), 89-105. doi.org/10.1016/j.jaclp.2023.09.006
- Perls F. S., Hefferline R. F. et Goodman P. (1951). Gestalt Therapy: Excitement and Growth in the Human Personality. Dell, coll. Delta (réimpression de l’édition Julian Press de 1951), p. 213-214.
- Wheeler G. et Axelsson L. (2015). Gestalt Therapy. American Psychological Association, p. 47.
- Lowen A. The Voice of the Body: Selected Public Lectures 1962-1982, conférence II « The Spectrum of Emotions ».
- Moore R. L. Facing the Dragon: Confronting Personal and Spiritual Grandiosity, chapitre 9.
- Guédeney N. et Guédeney A. L’attachement : approche clinique. Du bébé à la personne âgée, chapitre 19.
- Centre Hubertine Auclert, le violentomètre, version 2025 (consulté le 28/10/2026).
- Service-public.gouv.fr, violences conjugales (3919, 17, SMS au 114, consulté le 28/10/2026) ; arretonslesviolences.gouv.fr.
Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute, thérapeute de couple au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 29 octobre 2026.
Les séances ne remplacent pas un suivi ou un traitement médical. En cas de détresse importante ou d’idées noires, parlez-en à votre médecin ou appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert jour et nuit.