Quand un couple se dispute tout le temps, le sujet change mais la scène reste la même : l’un critique ou compare, l’autre se défend, se ferme ou s’en va, et chacun repart avec le sentiment de ne pas être entendu. Ces réactions sont des façons de se protéger, et on peut apprendre à les repérer à deux, au calme, pour sortir de la boucle.
Disputes à répétition : l’essentiel
- Les disputes qui reviennent ont souvent des sujets différents (la vaisselle ou la belle-famille) et un même déroulé.
- Cinq comportements reviennent très souvent, de la comparaison à la fuite.
- Chacun de ces comportements protège celui qui l’adopte, et chacun blesse ou inquiète l’autre, qui se protège à son tour.
- Se disputer n’est pas, en soi, un mauvais signe pour un couple. Ce qui use, c’est la boucle qui se rejoue sans que rien ne change.
- Si la dispute fait peur, s’il y a des coups, des menaces ou des violences sexuelles, ce n’est plus un conflit : appelez le 3919.
Pourquoi on se dispute toujours pour les mêmes choses ?
Beaucoup de couples le disent ainsi : « on se dispute pour rien ». Un retard ou un téléphone posé sur la table du dîner suffit. Le prétexte paraît minuscule, et pourtant la dispute monte vite.
Le sujet du jour n’est souvent qu’une porte d’entrée. Derrière, il y a presque toujours un besoin qui n’a pas été dit, ou qui a été dit si souvent sans être entendu qu’il ressort sous forme de reproche : besoin d’être reconnu, rassuré ou choisi. Avec un nourrisson, la fatigue relance les mêmes disputes : voyez pourquoi on se dispute plus après bébé.
Maggie Scarf, dans un texte repris dans Meeting the Shadow (Zweig et Abrams, 1991), décrit un couple, Laura et Tom, où Laura cherche toujours à se rapprocher et Tom à prendre ses distances. Selon Scarf, chacun porte en lui les deux envies, mais le couple s’est réparti les rôles sans le savoir, si bien que le tiraillement de chacun est devenu un conflit entre eux deux, rejoué sans fin.
La Gestalt-thérapie regarde cette scène d’une façon particulière. Elle cherche moins à savoir pourquoi on se dispute qu’à voir comment on se dispute : avec quels mots la dispute commence et ce que fait l’autre juste après. La page qui compare la Gestalt, les TCC et la psychanalyse explique cette différence. Pour un couple, c’est un soulagement : pas besoin de trouver le coupable pour changer la scène.
Les cinq comportements que l’on retrouve le plus souvent
Dans les couples que je reçois, ce sont ces cinq comportements que je rencontre le plus : la comparaison, l’enfermement sur soi, la critique mal formulée, le retrait et la fuite. Chacun a sa logique. Aucun n’est réservé aux hommes ou aux femmes, et l’on peut passer de l’un à l’autre selon les jours.
La comparaison
« Ta sœur, elle, au moins, elle appelle ses parents. » « Avant, tu me faisais des surprises. » La comparaison met l’autre face à un modèle : une autre personne, un ancien partenaire, ou le couple tel qu’il était au début.
Celui qui compare cherche souvent à dire un manque sans avoir à le formuler directement, car dire « avant, tu… » expose moins que dire « tu me manques ». Celui qui reçoit la comparaison, lui, n’entend pas le manque. Il entend qu’il ne suffit pas, et il se défend. Certaines disputes reviennent toujours au même soupçon : voyez la peur qui se cache sous le soupçon.
L’enfermement sur soi
Certains ne disent plus rien. Ils ruminent, se replient et répondent « ça va » quand rien ne va. La colère reste à l’intérieur et finit par se retourner contre soi : on se reproche d’être trop sensible.
La Gestalt appelle ce mouvement la rétroflexion : l’élan qui allait vers l’autre, comme dire sa colère ou demander quelque chose, se retourne vers soi (Wheeler et Axelsson, Gestalt Therapy, 2015, p. 47). Le cycle de contact en Gestalt montre à quel moment l’élan s’arrête. Pour l’autre, ce silence est difficile à lire, et il peut s’inquiéter ou se vexer.
La critique mal formulée
« Tu es toujours en retard. » « Tu ne penses jamais à moi. » La critique mal formulée vise la personne au lieu du fait. Les mots « toujours » et « jamais » transforment un reproche précis en jugement sur ce que l’autre est.
Derrière, il y a souvent une vraie demande, mais elle arrive sous une forme qui ne laisse qu’une issue à l’autre : se défendre. Alexander Lowen, médecin, fondateur de l’analyse bioénergétique, le résume ainsi dans Love, Sex, and Your Heart (1988) : la critique entraîne une attitude défensive, qui fait naître à son tour une attitude critique en retour.
Le retrait
« Fais ce que tu veux. » « Je n’ai plus rien à dire. » Le retrait coupe l’échange. La personne est encore là, dans la pièce, mais elle ne répond plus, ou par un haussement d’épaules.
Souvent, celui qui se retire a l’impression de calmer le jeu, ou de s’éviter une dispute de plus qu’il pense perdue d’avance. Pour l’autre, le retrait ressemble à de l’indifférence. Il relance plus fort pour obtenir une réponse, ce qui pousse le premier à se retirer davantage.
La fuite
Quitter la pièce au milieu d’une phrase, prendre son téléphone, s’absorber dans le travail ou partir faire un tour : la fuite met de la distance physique ou mentale avec ce qui est désagréable. Rétroflexion, déflexion : ces mouvements sont décrits dans la page sur les interruptions du contact en Gestalt.
Elle est proche de ce que la Gestalt nomme la déflexion, une façon d’éviter ce qui est pénible. Gro Skottun et Åshild Krüger notent qu’on ne s’en rend souvent pas compte soi-même et qu’il faut un soutien pour voir comment on évite (Gestalt Therapy Practice, 2021, p. 246). Elles rappellent aussi que tout ne mérite pas une discussion : laisser passer un agacement passager peut être sage. Ce qui pose problème, c’est de fuir chaque fois que le sujet compte.
| Comportement | Phrase type | Ce qu’il protège | Ce que l’autre entend | Une autre façon de le dire |
|---|---|---|---|---|
| Comparaison | « Avant, tu me faisais des surprises. » | Un manque qu’on n’ose pas dire | « Tu ne suffis pas. » | « Nos moments à deux me manquent. » |
| Enfermement sur soi | « Ça va. » | La peur d’être rejeté ou de faire mal | « Tu n’as pas accès à moi. » | « Je suis blessé, j’ai besoin d’un moment avant d’en parler. » |
| Critique mal formulée | « Tu ne penses jamais à moi. » | Le besoin de compter pour l’autre | « Tu es quelqu’un de mauvais. » | « Hier soir, j’aurais aimé que tu m’appelles. » |
| Retrait | « Fais ce que tu veux. » | La crainte d’un conflit perdu d’avance | « Tu m’es égal. » | « Je n’y arrive pas maintenant, on en reparle ce soir. » |
| Fuite | (il quitte la pièce) | Le besoin d’échapper à la tension | « Tu m’abandonnes en pleine phrase. » | « Je sors dix minutes, je reviens et on continue. » |
Ces reformulations sont des exemples : elles ne règlent rien à elles seules, mais elles montrent qu’un même besoin peut être dit sans attaquer.
Critique d’un côté, défense de l’autre : la boucle qui s’entretient
Pris un par un, ces comportements paraissent banals, mais leur force vient de la façon dont ils s’enchaînent. La critique appelle la défense, la défense est vécue comme du mépris, et la critique revient plus forte. Le retrait de l’un pousse l’autre à insister, et l’insistance justifie le retrait. Quand la dispute porte moins sur le sujet que sur qui aura le dernier mot, on entre dans une bataille pour avoir raison.
La recherche en psychologie a décrit cette boucle. Andrew Christensen et Christopher Heavey ont observé 31 couples mariés en train de discuter d’un désaccord. Ils décrivent un schéma « demande-retrait » : celui qui veut que l’autre change le critique et se plaint ; l’autre se met en retrait, se défend ou ne fait rien. Chacun des deux devenait plus demandeur quand le sujet était le sien (Christensen et Heavey, 1990 ; résultats retrouvés dans une réplication : Heavey, Layne et Christensen, 1993). Dans une étude de suivi, le retrait des maris, surtout quand l’épouse relançait sur un sujet qui comptait pour elle, annonçait une baisse de la satisfaction des épouses deux ans et demi plus tard (Heavey, Christensen et Malamuth, 1995).
John Gottman et Robert Levenson ont suivi 73 couples mariés entre 1983 et 1987. Les couples dont les échanges étaient les plus négatifs, et qui envisageaient ou vivaient plus souvent une séparation, montraient aussi plus d’attitudes défensives, d’entêtement et de retrait (Gottman et Levenson, 1992).
Ces études, menées il y a plus de trente ans, portent sur peu de couples, mariés, hétérosexuels, américains. Elles décrivent des tendances moyennes et ne prédisent pas l’avenir d’un couple en particulier.
Des mécanismes de défense : de quoi chacun se protège ?
Un mécanisme de défense est une façon de se protéger d’une émotion trop forte, apprise souvent tôt dans la vie. Elle a été utile, parfois même indispensable, puis elle continue de s’activer dans des situations où elle coûte plus qu’elle ne protège. Laurent Schmitt, dans Premiers pas en psychothérapie (2010, p. 173), rappelle que chacun a besoin de systèmes de protection pour fonctionner, et qu’il est important d’aider une personne à repérer les siens et à les comprendre.
Prenons un exemple composite, inventé à partir de situations fréquentes. Maud reproche à Gaspard de rentrer tard sans prévenir. « Tu ne penses jamais à moi. » Gaspard répond qu’il travaille pour eux deux, puis se tait et allume la télévision. Maud insiste, monte le ton, finit par lui dire que son frère, lui, au moins, appelle sa femme. Gaspard quitte la pièce. En regardant la scène de près, Maud voit qu’elle attaque quand elle se sent seule. Gaspard voit qu’il se tait parce qu’enfant, se taire était la seule façon d’éviter les cris à la maison. La dispute ne parlait pas des horaires de travail.
Une question aide souvent à faire ce lien : « Qu’est-ce que la situation que vous vivez vous rappelle ? » Elle ouvre la porte à l’histoire de chacun, à ce qu’il a vu et appris du couple dans sa famille.
Comment je travaille cela en séance
Quand la dispute se rejoue devant moi, que l’un critique et que l’autre se défend, j’explique les mécanismes de défense qui sont à l’œuvre, et je les décompose avec la personne.
Le cadre que je pose reste le même : parler de soi et pas de l’autre, parler de ce que l’on vit et de la façon dont on le vit.
Je ramène les personnes au moment présent, pour qu’elles puissent exprimer ce qu’elles vivent dans leur couple, leurs souffrances et leurs manques, afin de les transformer en besoins. C’est le plus gros du travail. Je pose aussi, presque toujours, cette question : « Qu’est-ce que la situation que vous vivez vous rappelle ? »
Que faire chez soi, dès la prochaine dispute ?
Quelques pistes simples peuvent aider, sans remplacer un travail de fond.
- Regarder son propre comportement. Plutôt que de compter les fautes de l’autre, se demander : « là, je compare ? je me ferme ? je pars ? »
- Parler d’un fait et d’un besoin. « Hier, tu es rentré à 22 h sans prévenir, j’ai besoin d’être tenu au courant » s’entend mieux que « tu ne penses jamais à moi ».
- Reporter quand la tension monte trop. Dire qu’on fait une pause et fixer le moment où l’on reprendra. Cette pause de quelques minutes n’a rien à voir avec une pause de plusieurs semaines dans le couple, qui se prépare autrement.
- Revenir sur le sujet. Une dispute laissée en plan revient souvent à la prochaine occasion. Se parler une fois par semaine, à froid, aide aussi : voyez comment faire le point sur son couple.
La communication non violente dans le couple propose une façon de parler d’un fait et d’un besoin.
Une crise plus large se cache parfois derrière : voyez les différentes crises dans le couple et, après la découverte d’une liaison, la page reconstruire le couple après une infidélité.
Quand la dispute n’est plus une dispute
Une dispute, même vive, se passe entre deux personnes qui peuvent chacune dire non. Quand l’un a peur de l’autre, quand il y a des coups, des menaces ou des violences sexuelles, il ne s’agit plus d’un conflit de couple. C’est de la violence.
Pour vous situer, le violentomètre, un outil conçu par des observatoires des violences faites aux femmes, classe les comportements en trois zones, de la relation saine jusqu’au danger. Appelez le 3919 (Violences Femmes Info), gratuit, anonyme et joignable jour et nuit, ou consultez le site arretonslesviolences.gouv.fr. En cas de danger immédiat, appelez le 17, ou envoyez un SMS au 114.
Quand faut-il se faire aider ?
Quand la même dispute revient, la décomposer à deux, avec quelqu’un qui n’est pas pris dedans, aide souvent à voir ce que chacun protège. Pour savoir si c’est le moment, la page quand consulter en thérapie de couple donne des repères. Les séances de couple durent 1 h 20 et coûtent 140 € au cabinet, au 82 rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris 12, ou 120 € en visio. Voyez aussi comment se passe la première séance de thérapie de couple et le déroulé d’une thérapie de couple. Pour l’ensemble de l’approche, voyez la thérapie de couple à Paris 12 ou en visio.
Questions fréquentes
Se disputer souvent, est-ce un mauvais signe pour le couple ?
Pas forcément. Un désaccord dit et entendu peut rapprocher. Ce qui fragilise un couple, c’est plutôt une boucle qui se répète : critique, défense, retrait, et rien ne change.
On se dispute tout le temps mais on s’aime : est-ce que ça peut s’arranger ?
Beaucoup de couples qui s’aiment se disputent sans cesse, justement parce que l’autre compte. Personne ne peut promettre un résultat, mais quand les deux veulent regarder leur part dans la boucle, la scène peut changer.
Peut-on travailler sur nos disputes si l’autre ne veut pas venir ?
Oui, en partie. En venant seul, on travaille sur sa propre façon de réagir, ce qui modifie souvent l’échange. La page thérapie de couple quand on vient seul en décrit les possibilités et les limites.
La thérapie de couple en visio fonctionne-t-elle pour les disputes ?
En visio aussi, on observe la dynamique du couple et la façon dont les deux réagissent l’un à l’autre. Les études parues sur le sujet sont résumées dans la page sur l’efficacité de la thérapie de couple en ligne.
Sources
- Christensen A. et Heavey C. L. (1990). Gender and social structure in the demand/withdraw pattern of marital conflict. Journal of Personality and Social Psychology, 59(1), 73-81. doi.org/10.1037/0022-3514.59.1.73
- Heavey C. L., Layne C. et Christensen A. (1993). Gender and conflict structure in marital interaction: a replication and extension. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 61(1), 16-27. doi.org/10.1037/0022-006X.61.1.16
- Heavey C. L., Christensen A. et Malamuth N. M. (1995). The longitudinal impact of demand and withdrawal during marital conflict. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 63(5), 797-801. doi.org/10.1037/0022-006X.63.5.797
- Gottman J. M. et Levenson R. W. (1992). Marital processes predictive of later dissolution: behavior, physiology, and health. Journal of Personality and Social Psychology, 63(2), 221-233. doi.org/10.1037/0022-3514.63.2.221
- Wheeler G. et Axelsson L. (2015). Gestalt Therapy. American Psychological Association. p. 47.
- Skottun G. et Krüger Å. (2021). Gestalt Therapy Practice: Theory and Experiential Learning. Routledge. p. 246.
- Lowen A. (1988). Love, Sex, and Your Heart. Macmillan.
- Scarf M., dans Zweig C. et Abrams J. (dir.) (1991). Meeting the Shadow. Tarcher.
- Schmitt L. (2010). Premiers pas en psychothérapie. Petit manuel du thérapeute. Elsevier Masson, coll. « Pratiques en psychothérapie ». Abécédaire, « Mécanisme de défense », p. 173.
Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute, thérapeute de couple au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 27 octobre 2026.
Les séances ne remplacent pas un suivi ou un traitement médical. En cas de détresse importante ou d’idées noires, parlez-en à votre médecin ou appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert jour et nuit.