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La Gestalt-thérapie est-elle efficace ? Ce que disent les études

Efficacité de la Gestalt-thérapie : l’essentiel

La Gestalt-thérapie a été bien moins étudiée que les TCC, mais les travaux récents sur l’efficacité de la Gestalt-thérapie vont dans le sens d’un effet réel. En 2025, l’étude française THEGETCI a suivi 319 adultes anxieux ou déprimés : après une Gestalt-thérapie d’une trentaine de séances en moyenne, leur anxiété et leur dépression avaient nettement baissé. Cette étude n’avait pas de groupe de comparaison, ce qui limite ce qu’on peut en conclure.

Les recherches sur toutes les psychothérapies montrent aussi que la qualité de la relation avec le thérapeute pèse lourd dans le résultat. Or c’est le cœur du travail en Gestalt.

Pourquoi la Gestalt-thérapie a-t-elle été si peu évaluée ?

Une étude d’efficacité classique compare deux groupes de patients qui reçoivent chacun un traitement bien défini, séance après séance. Les TCC se prêtent bien à ce modèle, parce qu’elles suivent souvent un manuel. La Gestalt-thérapie s’y prête mal.

Gordon Wheeler et Lena Axelsson le disent clairement dans Gestalt Therapy (American Psychological Association, 2015). Pour eux, la Gestalt est un ensemble de principes sur la façon dont nous vivons le contact avec les autres, sans protocole à suivre étape par étape. Le thérapeute s’appuie sur ce qui se passe réellement entre lui et vous pendant la séance. Il devient alors difficile de dire, de l’extérieur, si un thérapeute « fait bien de la Gestalt », et donc de comparer ses résultats à ceux d’une autre méthode.

Phil Joyce et Charlotte Sills, dans Skills in Gestalt Counselling & Psychotherapy (3e édition, 2014), ajoutent que chaque thérapie est construite à deux, de façon unique, avec chaque patient. Une bonne part de la recherche en Gestalt est donc qualitative : elle décrit ce qui se passe en séance plus qu’elle ne mesure des symptômes. Les financeurs de la recherche accordent moins de poids à ce type d’étude.

Il y a aussi une raison de fond. Le Gestalt-thérapeute part de ce que la personne vit et de la façon dont elle le vit, sans plaquer une étiquette au départ. Wheeler et Axelsson parlent d’une attitude phénoménologique : on ne peut pas savoir ce que l’autre ressent tant qu’on n’est pas entré en dialogue avec lui. Ranger les patients par diagnostic, comme l’exigent la plupart des essais, va contre cette habitude.

L’étude THEGETCI (2025) : ce qu’elle a mesuré, ce qu’elle a trouvé

THEGETCI est, selon ses auteurs, l’une des premières études à mesurer en chiffres l’efficacité de la Gestalt-thérapie telle qu’elle se pratique en cabinet. Elle a été menée par Benjamin Calvet et ses collègues de l’Inserm (unité U1094), du CHU de Limoges et du centre hospitalier Esquirol, avec deux instituts de formation en Gestalt, à Limoges et à Rennes. Elle a paru en 2025 dans la revue Frontiers in Psychiatry (Calvet et al., 2025). Les chiffres ci-dessous sont tirés de la version intégrale de l’article.

319 patients, 12 à 33 séances, deux questionnaires

Cinquante-neuf Gestalt-thérapeutes ont proposé l’étude à 432 patients. Tous avaient un trouble dépressif léger à modéré, parfois accompagné d’anxiété, sans intention suicidaire. Les personnes souffrant de psychose ou d’addiction n’étaient pas incluses. Le programme prévoyait 33 séances d’une heure, avec un minimum de 12, réparties sur plusieurs mois.

Au bout du compte, 319 suivis sont allés à leur terme, soit 77 % des patients de départ. Il s’agissait de 241 femmes et 78 hommes, âgés de 41 ans en moyenne. Ils ont fait environ 31 séances, sur un peu plus d’un an.

Au début et à la fin, chaque patient a rempli deux questionnaires. Le premier, l’échelle HADS, mesure l’anxiété et la dépression. Le second, le TCI-125, décrit la personnalité en 125 questions : le tempérament (par exemple, la tendance à éviter le danger) et le caractère (par exemple, la capacité à se diriger soi-même). Patient et thérapeute ont aussi noté, chacun de son côté, le niveau de détresse sur une échelle de 0 à 10.

Les résultats : anxiété, dépression, autonomie

Mesure (moyenne des 319 patients) Au début À la fin
Anxiété (HADS, sur 21) 10,9 7,6
Dépression (HADS, sur 21) 6,6 4,1
Détresse notée par le patient (sur 10) 5,5 2,9
Détresse notée par le thérapeute (sur 10) 5,8 2,9

Toutes ces baisses sont statistiquement significatives, c’est-à-dire trop nettes pour être dues au hasard. Côté personnalité, la tendance à éviter le danger a diminué : moins d’inquiétude anticipée, moins de peur de l’incertain, moins de fatigue. À l’inverse, l’autodétermination a nettement augmenté, c’est-à-dire la capacité à faire ses propres choix et à agir selon ses valeurs. La coopération avec les autres et ce que les auteurs appellent la transcendance de soi ont progressé aussi, plus modestement.

Les changements de personnalité tiennent après prise en compte de l’âge, du sexe, du niveau social, des médicaments pris, de la durée de la thérapie et des scores d’anxiété et de dépression de départ. Deux sous-groupes font exception : chez les patients venus pour des troubles émotionnels ou pour un deuil, ces changements ne tiennent plus une fois ces facteurs pris en compte.

Les limites : ce que l’étude ne permet pas de dire

Il n’y avait pas de groupe témoin. On ne sait donc pas quelle part de l’amélioration revient à la Gestalt-thérapie elle-même, et quelle part aurait eu lieu avec le temps, avec une autre thérapie ou avec un autre soutien. Les auteurs le reconnaissent eux-mêmes.

Les mesures ont été prises au début et à la fin du suivi seulement. Rien ne dit encore si les effets durent après la dernière séance.

L’étude ne compte que les 319 personnes allées au bout. Celles qui n’ont pas terminé, près d’une sur quatre (arrêt avant 12 séances ou perte de contact), ne figurent pas dans les résultats, et elles ont peut-être moins progressé.

Enfin, les thérapeutes participants avaient été recrutés par le réseau de deux écoles de Gestalt, et ils connaissaient le but de l’étude : montrer l’efficacité de la méthode. Trois des six auteurs travaillent dans ces instituts. Et un questionnaire rempli par le patient lui-même peut être teinté par l’envie de bien faire. Aucune de ces limites n’annule l’étude, mais elles invitent à la lire comme un premier signal sérieux, qui demande à être confirmé par un essai comparatif.

Que disent les synthèses sur les thérapies humanistes ?

La Gestalt fait partie des thérapies dites humanistes, avec l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers et la thérapie centrée sur les émotions. En 2015, Lynne Angus, Jeanne Watson, Robert Elliott et leurs collègues ont fait le point sur vingt-cinq ans de recherche sur ces thérapies. Une méta-analyse regroupe les résultats de nombreuses études pour en tirer une tendance d’ensemble. Selon ces auteurs, les études qualitatives et chiffrées, dont plusieurs méta-analyses, permettent de compter ces approches parmi les traitements fondés sur des preuves pour plusieurs troubles psychologiques. Ils notent aussi qu’elles restent peu enseignées à l’université et peu présentes dans les recommandations officielles (Angus et al., Psychotherapy Research, 2015). Pour savoir ce que recouvre le mot, voir la définition des thérapies humanistes, de Rogers à Perls.

Pour la Gestalt seule, le chercheur allemand Uwe Strümpfel a publié deux travaux de synthèse. Le premier, une revue parue en anglais en 2004 dans l’International Gestalt Journal, porte sur une soixantaine d’études et au moins 3 000 patients : Joyce et Sills la comptent parmi les plus détaillées. Le second, un livre paru en allemand en 2006, compare la Gestalt-thérapie aux TCC. Wheeler et Axelsson en retiennent qu’aucune différence significative n’apparaît dans l’ensemble entre les deux, et que les patients suivis en Gestalt progressaient davantage dans la résolution de leurs difficultés relationnelles. Ces deux travaux n’ont pas été relus ici dans leur version d’origine : ils sont cités à travers ces ouvrages, avec la prudence que cela impose.

Wheeler et Axelsson rapportent aussi l’étude britannique de Stevens et ses collègues (2011), qui a comparé 135 patients suivis par des Gestalt-thérapeutes à une grande base de données nationale. La Gestalt y paraissait aussi efficace que les autres approches. Cette étude non plus n’a pas été relue dans l’original.

D’autres études, plus petites

Les cauchemars (Holzinger, 2015)

Brigitte Holzinger et son équipe, à Vienne, ont suivi 32 personnes qui faisaient des cauchemars au moins deux fois par semaine. Tirées au sort, elles ont suivi dix semaines de Gestalt-thérapie en groupe, avec ou sans apprentissage du rêve lucide, un rêve pendant lequel on sait que l’on rêve. Dans les deux groupes, les cauchemars sont devenus nettement moins fréquents, et le résultat tenait encore trois mois plus tard (Holzinger et al., Acta Neurologica Scandinavica, 2015). Comme les deux groupes recevaient de la Gestalt, l’étude ne dit pas ce qui se serait passé sans elle.

Sept patients suivis de près (Kaisler, 2023)

Raphaela Kaisler et ses collègues, en Autriche, ont suivi sept patients pendant 30 séances de Gestalt-thérapie individuelle, dans des conditions de cabinet ordinaires. Ils les ont répartis en deux groupes, selon que leur personnalité était plus ou moins solidement construite. Le bien-être, la santé psychosociale et le sentiment de reprendre du pouvoir sur sa vie ont progressé dans les deux groupes. En revanche, le niveau de fonctionnement de la personnalité n’avait pas changé au bout de 30 séances (Kaisler et al., Frontiers in Psychology, 2023). Une étude de cas éclaire la façon dont le changement se produit, mais sept personnes ne suffisent pas à prouver une efficacité.

La relation avec le thérapeute compte-t-elle autant que la méthode ?

Sur cette question, la recherche est abondante et ses conclusions sont stables. En 2018, Christoph Flückiger et ses collègues ont regroupé 295 études portant sur plus de 30 000 patients. Plus l’alliance entre le patient et le thérapeute est solide, meilleur est le résultat, et ce lien se retrouve quelle que soit l’approche suivie (Flückiger et al., Psychotherapy, 2018).

La même année, Robert Elliott et ses collègues ont mesuré le poids de l’empathie du thérapeute, sur 82 groupes de patients et plus de 6 000 personnes. L’empathie du thérapeute prédit le résultat de façon modérée mais nette, là encore pour des orientations très différentes (Elliott et al., Psychotherapy, 2018).

Ces résultats valent pour toutes les psychothérapies, et ils parlent pourtant beaucoup de la Gestalt. Wheeler et Axelsson rappellent qu’en Gestalt-thérapie la relation n’est pas une étape préalable au travail : elle est le travail. La façon dont vous entrez en contact avec le thérapeute, dont vous vous retenez ou vous lancez, devient elle-même la matière de la séance. C’est ce que décrit le cycle de contact en Gestalt.

Cela ne veut pas dire que la méthode n’a aucune importance. Cela veut dire qu’il vaut la peine de choisir un thérapeute avec qui vous vous sentez compris, et de lui dire quand ce n’est pas le cas.

Comment je l’explique à un patient qui hésite

Quand un patient me demande si la Gestalt, ça marche, je lui réponds que le processus de Gestalt fonctionne à partir du moment où il s’y implique.

Nous faisons le point sur ce qui a changé à presque toutes les séances.

Gestalt ou TCC : comment choisir ?

Les TCC ont été testées dans bien plus d’essais que la Gestalt-thérapie. Ce nombre d’essais ne dit pas pour autant laquelle vous conviendra. La Gestalt travaille sur ce qui se répète dans votre façon d’être en lien avec les autres, et ses premiers résultats chiffrés sont encourageants. Les différences entre ces approches sont détaillées sur la page qui compare la Gestalt, les TCC et la psychanalyse.

Pour découvrir l’approche elle-même, vous pouvez lire la présentation de la Gestalt-thérapie, thérapie dite de troisième génération, ou le guide complet pour comprendre la Gestalt-thérapie. Si c’est l’anxiété qui vous amène, la page sur l’accompagnement de l’anxiété et du stress décrit le travail possible.

Les séances de thérapie individuelle à Paris 12 ou en visio ont lieu au Cabinet du Faubourg, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine. Elles se tiennent du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, au cabinet ou en visio, et le jeudi en visio uniquement. La séance est à 75 € au cabinet et à 70 € en visio. La page Gestalt-thérapie au cabinet de Paris 12 présente le cadre des séances. Les séances peuvent aussi se faire à distance : voyez ce que disent les études sur la thérapie en visio, et leurs limites pour la Gestalt.

Questions fréquentes

La Gestalt-thérapie est-elle reconnue scientifiquement ?

Elle repose sur des études encore peu nombreuses, qui vont dans le sens d’un effet. L’une des premières études chiffrées, la française THEGETCI publiée en 2025, montre une baisse nette de l’anxiété et de la dépression chez 319 patients, sans groupe de comparaison. Les thérapies humanistes, dont elle fait partie, sont soutenues par plusieurs méta-analyses, mais restent peu présentes dans les recommandations officielles.

La Gestalt-thérapie marche-t-elle contre l’anxiété et la dépression ?

Dans l’étude THEGETCI, les patients avaient un trouble dépressif léger à modéré, parfois accompagné d’anxiété : un trouble anxieux seul ne suffisait pas pour y entrer. Leur score moyen d’anxiété est passé de 10,9 à 7,6 sur 21, et celui de dépression de 6,6 à 4,1. Pour une dépression sévère ou des idées noires, voyez d’abord votre médecin : la thérapie ne remplace pas un suivi médical.

La Gestalt est-elle plus ou moins efficace que les TCC ?

Les comparaisons directes sont rares. Le livre d’Uwe Strümpfel paru en 2006, tel que le résument Wheeler et Axelsson, ne trouve pas de différence d’ensemble entre les deux. Les TCC ont fait l’objet de beaucoup plus d’essais, ce qui ne prouve pas qu’elles conviennent mieux à chacun.

Combien de séances faut-il pour voir un effet ?

Dans l’étude THEGETCI, les patients ont fait 31 séances en moyenne, sur un peu plus d’un an, avec un minimum de 12. Ce chiffre reste une moyenne d’étude, et le rythme dépend de chacun et de ce qui l’amène. Ce que ce nombre représente en mois et en budget est expliqué sur la page combien de temps dure une Gestalt-thérapie.

Que valent les avis sur la Gestalt-thérapie trouvés en ligne ?

Un avis raconte l’expérience d’une personne avec un thérapeute donné. Il ne dit rien de l’efficacité de la méthode en général, et les études montrent que la qualité de la relation pèse beaucoup dans le résultat. Le meilleur repère reste une première séance, pour sentir si vous vous sentez écouté.

Sources

  • Calvet B., Vallejo J.-L., Plu Y., Soulat I., Foucher A., Clément J.-P. (2025). Use of the Temperament and Character Inventory to describe the effectiveness of Gestalt therapy. Frontiers in Psychiatry, 16, 1280954. doi.org/10.3389/fpsyt.2025.1280954
  • Angus L., Watson J. C., Elliott R., Schneider K., Timulak L. (2015). Humanistic psychotherapy research 1990-2015: from methodological innovation to evidence-supported treatment outcomes and beyond. Psychotherapy Research, 25(3), 330-347. doi.org/10.1080/10503307.2014.989290
  • Holzinger B., Klösch G., Saletu B. (2015). Studies with lucid dreaming as add-on therapy to Gestalt therapy. Acta Neurologica Scandinavica, 131(6), 355-363. doi.org/10.1111/ane.12362
  • Kaisler R. E., Fede M., Diltsch U., Probst T., Schaffler Y. (2023). Common mental disorders in Gestalt therapy treatment: a multiple case study comparing patients with moderate and low integrated personality structures. Frontiers in Psychology, 14, 1304726. doi.org/10.3389/fpsyg.2023.1304726
  • Flückiger C., Del Re A. C., Wampold B. E., Horvath A. O. (2018). The alliance in adult psychotherapy: A meta-analytic synthesis. Psychotherapy, 55(4), 316-340. doi.org/10.1037/pst0000172
  • Elliott R., Bohart A. C., Watson J. C., Murphy D. (2018). Therapist empathy and client outcome: An updated meta-analysis. Psychotherapy, 55(4), 399-410. doi.org/10.1037/pst0000175
  • Strümpfel U. (2004). Research on Gestalt therapy. International Gestalt Journal. Rapportée par Joyce et Sills, non relue dans l’original.
  • Strümpfel U. (2006). Therapie der Gefühle. Forschungsbefunde zur Gestalttherapie. Bergisch Gladbach, Verlag Andreas Kohlhage. Rapporté par Wheeler et Axelsson, non relu dans l’original.
  • Stevens C., Stringfellow J., Wakelin K., Waring J. (2011). The UK Gestalt Psychotherapy CORE Research Project: the findings. British Gestalt Journal, 20, 22-27. Rapportée par Wheeler et Axelsson, non relue dans l’original.
  • Wheeler G. et Axelsson L. (2015). Gestalt Therapy. American Psychological Association, chapitre 5 « Evaluation ».
  • Joyce P. et Sills C. (2014). Skills in Gestalt Counselling & Psychotherapy, 3e édition. Sage.

Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio, membre de la FF2P. Mise à jour le 26 octobre 2026.

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