Thérapie de couple seul(e) : l’essentiel
Oui, on peut travailler sur son couple en venant seul. On ne change pas l’autre, mais on change sa propre façon d’être dans la relation, et cela modifie souvent la façon dont le couple fonctionne à deux. Ce travail a des limites, et il peut préparer une thérapie à deux plus tard.
En venant seul, vous êtes en séance individuelle : 75 € au cabinet, à Paris 12, ou 70 € en visio. Si votre partenaire accepte ensuite une thérapie de couple, je vous orienterai vers un collègue, pour des raisons de déontologie, sauf cas très exceptionnel.
Peut-on vraiment travailler sur son couple sans l’autre ?
C’est une situation très courante. Alan Gurman et Mark Burton sont deux spécialistes de la thérapie de couple. Ils notent que beaucoup de personnes venues pour un problème de couple finissent par le travailler en séances individuelles, parfois parce que leur partenaire a refusé de venir, parfois par préférence (Gurman et Burton, Journal of Marital and Family Therapy, 2014).
Ce travail est une autre porte d’entrée, qui n’a rien de honteux. Vous ne venez pas pour comprendre votre partenaire à sa place, ni pour obtenir un avis sur lui. Vous venez pour regarder ce que vous vivez dans ce couple, ce que vous y faites, et ce que vous voulez.
Le cadre que je pose est toujours le même : parler de soi et pas de l’autre, parler de ce que l’on vit et de la façon dont on le vit. C’est encore plus utile quand l’autre est absent. Pour repérer les signes qui justifient de consulter, voyez la page quand consulter en thérapie de couple.
Pourquoi votre partenaire refuse-t-il de venir ?
Un refus ne veut pas toujours dire un manque d’amour ou d’intérêt pour le couple, car il cache souvent une peur. Voici quelques raisons possibles :
- La peur d’être jugé, ou d’être désigné comme « le coupable » devant un inconnu.
- La peur que la thérapie mène à la rupture, ou qu’elle confirme que le couple va mal.
- La gêne de parler de sa vie intime, quand on n’a pas l’habitude de mettre des mots sur ses émotions.
- Le coût des séances, ou le manque de temps.
Laurent Schmitt, dans Premiers pas en psychothérapie (p. 40-41), rappelle que la résistance au changement a des causes multiples : à propos d’une patiente qui ne parvient pas à quitter son mari, il cite la peur de la solitude et la crainte de difficultés d’argent. Parmi les autres causes, il cite aussi une routine dont on a peur de sortir. Ce qui semble logique vu de l’extérieur ne l’est pas toujours pour celui qui le vit.
Comment en parler sans mettre la pression ?
Mieux vaut parler de vous que de lui ou d’elle. Une phrase comme « tu as un problème, il faut te faire soigner » ferme la porte. Une phrase comme « je ne me sens pas bien dans notre couple et j’ai envie qu’on trouve de l’aide ensemble » la laisse ouverte. Quelques autres formulations possibles :
- « Je ne cherche pas à savoir qui a tort. J’aimerais qu’on arrête de se faire mal. »
- « Je vais commencer seul(e). Si un jour tu as envie de venir toi aussi, pour une séance seul(e), tu seras le bienvenu ou la bienvenue. »
- « Tu n’as rien à préparer. Tu pourras dire ce que tu veux, ou presque rien. »
Choisissez un moment calme plutôt que le milieu d’une dispute, et acceptez qu’un « non » aujourd’hui ne soit pas un « non » pour toujours.
Ce qu’on travaille quand on vient seul
Le travail porte sur votre part du lien. Cela peut toucher plusieurs choses :
- Votre part dans les échanges. Ce que vous dites, ce que vous taisez, le moment où vous haussez le ton, celui où vous vous fermez. Même seul, on peut changer sa façon de dire : la communication non violente appliquée au couple en donne des exemples.
- Vos besoins. Ce qui vous manque vraiment, souvent caché derrière les reproches.
- Vos limites. Ce que vous acceptez, ce que vous n’acceptez plus, et comment le dire.
- Votre décision. Rester, changer la relation, ou partir. Ce choix vous appartient.
Si votre partenaire a demandé une pause et refuse de venir, la page faire une pause dans son couple aide à poser les bonnes questions.
Votre part dans les échanges compte : comparaison, retrait ou fuite, ces réactions qui entretiennent les disputes peuvent se travailler même en venant seul.
Le livre collectif Ma bible des psychothérapies décrit, dans son chapitre sur le couple, comment nos façons de nous attacher, apprises dans l’enfance, se rejouent avec notre partenaire. Quand l’un cherche sans cesse le contact et que l’autre a besoin de distance, Aude Saint Martino Sene, qui signe ce chapitre, note que « la distance n’est jamais la bonne ». Comprendre sa propre façon de s’attacher, c’est déjà avoir prise sur une moitié de ce mouvement.
Le regard de la Gestalt : quand l’un bouge, la relation bouge
La Gestalt-thérapie regarde la relation comme un tout, un « champ » où chacun influence l’autre. Le livre dirigé par Ansel Woldt et Sarah Toman, Gestalt Therapy: History, Theory, and Practice (2005), donne un exemple parlant. Quand un partenaire blesse l’autre, on peut chercher un seul responsable. On peut aussi voir que blesser et être blessé font partie d’une même danse. Les auteurs proposent alors des questions comme « Comment est-ce que je contribue au fait que tu me blesses ? » Elles reviennent à se demander quelle est sa propre part dans ce qui se passe entre les deux.
Phil Joyce et Charlotte Sills, dans Skills in Gestalt Counselling and Psychotherapy (2014), ajoutent que nous sommes toujours en train de façonner les autres et d’être façonnés par eux, même en leur absence. Votre partenaire n’est pas dans la pièce, mais la relation, elle, y est.
Prenons un exemple imaginé. Sophie reproche sans arrêt à Thomas de ne jamais parler. Plus elle insiste, plus il se tait. En séance, elle découvre qu’elle relance dès qu’elle sent un silence, parce que le silence l’angoisse. Le jour où elle arrête de relancer et dit simplement ce qu’elle ressent, Thomas n’a plus à se défendre. S’il bouge à son tour, c’est parce que la danse elle-même a changé, sans que personne ait eu à le convaincre.
Cette lecture ne s’applique jamais à la violence. Une personne qui subit des coups, des menaces ou du contrôle n’est pas responsable de ce qu’elle subit. Dans ce cas, la priorité est votre sécurité (voir plus bas).
Comment je travaille cela en séance
Quand une personne vient seule pour son couple, je travaille d’abord sur son ajustement à la relation, quand c’est possible.
Je propose très souvent au partenaire absent de venir, lui aussi, pour une séance seul. Cela permet de rééquilibrer.
Si le partenaire accepte ensuite une thérapie à deux, j’oriente le couple vers un collègue, par déontologie, sauf cas très exceptionnel.
Les limites de ce travail
Il faut être honnête : venir seul a des limites. Gurman et Burton en relèvent plusieurs.
- Le thérapeute n’entend qu’une version. Il connaît votre partenaire à travers vos mots, chargés de votre colère ou de votre peine. Son image de l’autre reste partielle.
- Le risque de prendre parti. Un thérapeute qui ne voit que vous peut, sans le vouloir, devenir votre allié contre l’absent. Ce n’est pas son rôle. Il ne juge pas la personne qui n’est pas là.
- On ne change que sa part. Si l’autre ne bouge pas du tout, la relation peut rester bloquée, même si vous allez mieux.
- La séance peut glisser vers vous seul. Au fil du temps, le travail peut quitter le couple pour porter sur votre histoire personnelle. Cela peut être utile, mais ce n’est plus tout à fait la même demande.
Si vous cherchez d’abord un travail sur vous, plus large que le couple, la page sur la thérapie individuelle à Paris 12 présente cette démarche.
Proposer ensuite une séance à deux : comment s’y prendre
Si vous vous sentez plus calme et plus clair(e) après quelques séances, ce peut être le bon moment pour reparler d’une venue à deux.
Proposez une seule séance, pour voir, plutôt qu’un engagement. Rassurez-le sur un point : une séance de couple n’est pas un tribunal, chacun y parle de ce qu’il vit. Pour savoir à quoi ressemble la première fois à deux, lisez la page sur la première séance de thérapie de couple. Le déroulé d’un suivi à deux est décrit sur la page comment se déroule une thérapie de couple.
Une question se pose alors : qui recevra le couple ? Gurman et Burton rappellent que l’absent peut craindre que le thérapeute qui vous a suivi seul soit déjà de votre côté. La thérapie à deux se fait alors avec un collègue, sauf cas très exceptionnel.
Si vous vivez dans deux villes différentes, la séance à deux peut aussi se faire en visio. Les études parues sur ce format sont résumées dans la page sur l’efficacité de la thérapie de couple en ligne.
Quand il ne faut pas attendre
Si vous avez peur de votre partenaire, s’il y a des coups, des menaces, des humiliations répétées ou un contrôle de vos sorties et de votre argent, ce n’est pas d’abord une question de couple. Appelez le 3919 (Violences Femmes Info), gratuit, anonyme et joignable jour et nuit, ou consultez le site arretonslesviolences.gouv.fr. En cas de danger immédiat, appelez le 17.
Si vous avez des idées noires, ou si vous pensez au suicide, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert jour et nuit (3114.fr). Vous pouvez aussi en parler à votre médecin.
Pour les autres difficultés, même vives, la page sur les différentes crises que traverse un couple peut vous aider à y voir plus clair.
Combien coûte une séance quand on vient seul ?
Quand vous venez seul pour votre couple, c’est une séance individuelle : 75 € au cabinet, au 82 rue du Faubourg Saint-Antoine (métro Ledru-Rollin), et 70 € en visio. Les séances ont lieu du lundi au mercredi, de 14 h à 23 h, au cabinet ou en visio, et le jeudi en visio uniquement. Le règlement se fait par carte bancaire, via Stripe, au moment de la réservation en ligne.
Pour une vue d’ensemble de l’approche, voyez la page thérapie de couple à Paris 12 ou en visio.
Questions fréquentes
Est-ce encore une thérapie de couple si je viens seul(e) ?
Au sens strict, non : c’est une séance individuelle, centrée sur votre couple. Le sujet reste la relation, mais le travail porte sur votre part du lien, puisque vous seul êtes présent.
Dois-je dire à mon partenaire que je consulte ?
C’est à vous de choisir. Ce que vous dites en séance reste couvert par le secret professionnel, conformément à la charte de déontologie de la FF2P. En parler à l’autre peut toutefois ouvrir la porte à une venue à deux plus tard.
Et si je me rends compte que je veux partir ?
Cela arrive. Ce n’est pas au thérapeute de décider à votre place de rester ou de partir. Le travail vous aide à voir clair et à faire un choix qui soit le vôtre. La page renforcer son couple ou se séparer aborde cette question.
Peut-on faire ces séances en visio ?
Oui. La séance individuelle coûte alors 70 €. La visio est possible tous les jours de consultation, jeudi compris, aux horaires donnés plus haut, à l’heure de Paris.
Mon partenaire peut-il changer si lui ne fait aucun travail ?
On ne peut pas le promettre. Mais une relation est faite de deux personnes qui réagissent l’une à l’autre. Quand vous changez votre façon de réagir, l’autre doit souvent ajuster la sienne. Si rien ne bouge malgré tout, cela vous donne aussi une information utile pour décider.
Sources
- Gurman A. S. et Burton M. (2014). Individual therapy for couple problems: perspectives and pitfalls. Journal of Marital and Family Therapy, 40(4), 470-483. doi.org/10.1111/jmft.12061
- Woldt A. L. et Toman S. M. (dir.) (2005). Gestalt Therapy: History, Theory, and Practice. Sage. Chapitre « Theoretical lines of Gestalt therapy », p. 74.
- Joyce P. et Sills C. (2014). Skills in Gestalt Counselling and Psychotherapy. Sage. Partie « Field theory », p. 37-38.
- Saint Martino Sene A., « Le couple en thérapie », dans Colia J.-L. et coll., Ma bible des psychothérapies, p. 279-281.
- Schmitt L. Premiers pas en psychothérapie. Petit manuel du psychothérapeute. Chapitre 4, « Pourquoi ça ne change pas ? », p. 40-41.
Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute, thérapeute de couple au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 27 octobre 2026.
Les séances ne remplacent pas un suivi ou un traitement médical. En cas de détresse importante ou d’idées noires, parlez-en à votre médecin ou appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert jour et nuit.