En Gestalt-thérapie, l’awareness est la conscience de ce qui se passe en vous et autour de vous, au moment même où cela se passe : une sensation, une émotion, une pensée, la façon dont vous êtes en lien avec l’autre. Il s’agit moins de réfléchir à soi que de remarquer, maintenant, ce qui est là et la manière dont vous le vivez.
L’awareness : l’essentiel
L’awareness désigne l’attention vivante à l’expérience présente, dans le corps, dans la tête et dans la relation. Les Gestalt-thérapeutes gardent le mot anglais, parce qu’aucun mot français ne dit exactement la même chose. En séance, elle sert de fil conducteur : plutôt que d’expliquer ce qui vous arrive, on regarde ensemble comment cela se passe, ici, entre nous. Elle est au centre de la Gestalt-thérapie, dite de troisième génération.
Que veut dire « awareness » ?
En anglais, to be aware veut dire « se rendre compte », « être attentif à ». Le français hésite entre plusieurs traductions, et aucune ne convient tout à fait. « Conscience » est trop large : le mot couvre aussi la conscience morale. « Prise de conscience » fait penser à une idée qui tombe d’un coup, alors que l’awareness se vit d’abord dans le corps et dans l’instant.
Les auteurs de langue anglaise distinguent eux aussi awareness et consciousness. Gro Skottun et Åshild Krüger décrivent un passage continu de l’une à l’autre. On sent d’abord, puis on met des mots, et c’est alors que l’on sait (Gestalt Therapy Practice: Theory and Experiential Learning, Routledge, 2022, chap. 8). Gordon Wheeler et Lena Axelsson vont plus loin. Pour eux, l’awareness englobe tout ce que nous percevons et tout ce à quoi nous répondons, avec ou sans conscience claire. La Gestalt ne trace donc pas de frontière rigide entre conscient et inconscient (Gestalt Therapy, American Psychological Association, 2015, p. 38, chapitre 3).
D’où vient cette notion ?
Le mot occupe une place centrale dans le livre fondateur de Fritz Perls, Ralph Hefferline et Paul Goodman, Gestalt Therapy: Excitement and Growth in the Human Personality (1951). Skottun et Krüger rappellent que l’ouvrage proposait déjà des exercices à faire seul pour porter l’attention sur les sensations du corps, l’entourage et les pensées. Perls a ensuite décrit les trois zones d’awareness dans Gestalt Therapy Verbatim (1969). Voir aussi d’où vient la Gestalt-thérapie, de Perls à Goodman.
Plus tard, Gary Yontef a réuni ses articles sous le titre Awareness, Dialogue and Process (Gestalt Journal Press, 1993) : trois mots qui résument la Gestalt contemporaine, l’awareness, le dialogue avec le thérapeute et le processus.
L’awareness rejoint aussi un principe que les Gestalt-thérapeutes citent souvent, la théorie paradoxale du changement d’Arnold Beisser (1970). Selon lui, on change en devenant pleinement ce que l’on est, et non en essayant de devenir quelqu’un d’autre. L’ouvrage dirigé par Ansel Woldt et Sarah Toman le dit simplement : l’awareness, par définition, nous change (Gestalt Therapy: History, Theory, and Practice, Sage, 2005). Les bonnes résolutions de janvier en sont l’exemple classique : on décide de manger moins, sans avoir jamais remarqué comment on mange.
Les trois zones d’awareness
Perls distinguait trois zones. Phil Joyce et Charlotte Sills y voient une image commode. L’expérience forme un tout, mais on peut porter l’attention sur une zone, puis sur une autre (Skills in Gestalt Counselling & Psychotherapy, Sage, 3e éd., 2014, p. 33-35).
La zone intérieure
C’est ce qui se passe sous la peau : la respiration, le cœur, une tension dans la mâchoire, un nœud dans le ventre, la chaleur d’une émotion. Le thérapeute ne la voit pas toujours ; vous seul pouvez la décrire.
La zone extérieure
C’est le contact avec le monde par les sens : ce que vous voyez, entendez, touchez, sentez. Elle comprend aussi ce que vous faites, vos gestes, votre voix, et l’effet que vous produisez sur les autres.
La zone intermédiaire
C’est l’activité de la pensée : interprétations, souvenirs, projets, scénarios, jugements. Skottun et Krüger notent qu’elle nous éloigne souvent de ce qui se passe ici et maintenant (p. 113).
Prenons une file d’attente à la boulangerie. Autour de vous, il y a l’odeur du pain et la personne devant vous qui commande six gâteaux. Dans le corps, votre pied tape et une chaleur monte dans la poitrine. Dans la tête tourne une phrase, « je vais être en retard, elle le fait exprès ». Dans une dispute de couple, le même tri est possible : la voix qui monte, le ventre qui se serre, et la phrase qui tourne dans la tête, « il ne m’écoute jamais ».
Joyce et Sills observent qu’une personne en bonne santé passe sans cesse d’une zone à l’autre. Quand l’attention se fixe trop longtemps sur une seule zone, l’équilibre se perd : on vit par le regard des autres, on rumine sans fin, ou l’on se laisse submerger par les sensations.
Le « comment » plutôt que le « pourquoi »
En Gestalt, le thérapeute pose surtout des questions sur l’expérience présente. Wheeler et Axelsson en donnent des exemples : « Qu’est-ce que cela vous fait, maintenant, quand… ? », « Qu’est-ce qui vous vient quand je vous fais remarquer cela ? » (p. 38-39). Ces questions laissent votre ressenti tel qu’il est ; elles servent à ouvrir ce qui se joue dans le contact. La relation elle-même devient un terrain d’exploration : « Comment est-ce pour vous, là, que je vous dise cela ? »
Le « pourquoi » invite à une explication, souvent déjà connue et répétée. Le « comment » ramène au présent, là où quelque chose peut bouger. La page qui compare Gestalt-thérapie, TCC et psychanalyse montre ce que cette différence change dans la façon de travailler.
Awareness et pleine conscience : quelle différence ?
Les deux pratiques se ressemblent : l’une et l’autre portent l’attention sur l’instant, sans juger. Elles ne viennent pourtant pas du même endroit et ne visent pas tout à fait la même chose.
| Awareness (Gestalt) | Pleine conscience | |
|---|---|---|
| Origine | La Gestalt-thérapie de Perls, Hefferline et Goodman (1951), puis les trois zones de Perls (1969) | La méditation bouddhiste, adaptée à l’hôpital par Jon Kabat-Zinn dans un programme de dix semaines décrit en 1982 |
| Ce que l’on cherche | Donner toute sa place à ce qui se détache pour vous maintenant, et reconnaître que cette réaction est la vôtre | Observer ce qui vient, une chose après l’autre, sans en préférer aucune et en la laissant passer |
| Cadre | La séance, souvent à partir d’une question du thérapeute ou d’une expérience proposée sur le moment | Des exercices guidés, assis ou en mouvement, pratiqués seul ou en groupe |
| Place de la relation | Elle est centrale, car ce qui se passe entre vous et le thérapeute fait partie du travail | Secondaire dans la pratique de base, centrée sur sa propre expérience |
Joyce et Sills résument ainsi l’écart. La Gestalt cherche à rendre une « figure » aussi vive que possible et à se l’approprier, alors que la pleine conscience invite à prendre du recul et à voir ses réactions comme quelque chose qui arrive (chap. 3). Skottun et Krüger soulignent le même point (p. 109). Eva Gold et Stephen Zahm, qui pratiquent les deux, décrivent la Gestalt comme une « pleine conscience relationnelle » (Buddhist Psychology and Gestalt Therapy Integrated: Psychotherapy for the 21st Century, Metta Press, 2018). Joyce et Sills jugent les deux utiles, à des moments différents.
L’awareness dans le cycle de contact
Le cycle de contact en Gestalt place la « prise de conscience » juste après la sensation : « j’ai soif ». Cette étape est un moment où l’awareness devient nette. Mais l’awareness accompagne tout le cycle : on peut remarquer comment on se prépare, comment on agit, comment on savoure le contact, comment on s’en retire. C’est souvent là qu’on découvre l’endroit où le mouvement se bloque. Voyez aussi ce qui coupe le contact, mouvement par mouvement.
Comment je travaille cela en séance
Je regarde ce que vit la personne et je lui demande ce qui se passe pour elle.
Entre les séances, je propose de ressentir ce qui se passe pour soi, le flot des émotions, et d’aller rechercher l’émotion primaire. Je prends cet exemple : un jeune enfant traverse au passage piéton en toute insouciance, et sa mère le rattrape à cause du danger. La peur de la mère est l’émotion primaire. Souvent, l’émotion secondaire est la colère, et l’enfant, lui, ne voit que la colère de sa mère.
Pour moi, l’awareness est un processus dynamique, alors que la pleine conscience est parfois plus large et peut être statique.
Un exercice de trois minutes : le continuum d’awareness
Cet exercice est classique en Gestalt. Joyce et Sills en proposent plusieurs variantes, et Skottun et Krüger rappellent que Perls conseillait de laisser l’attention circuler d’une zone à l’autre. Il sert à observer, rien de plus : il ne soigne rien.
- Asseyez-vous, les pieds au sol. Réglez un minuteur sur trois minutes.
- Dites à voix basse, ou écrivez, des phrases qui commencent par « En ce moment, je remarque… ». Cela peut donner « en ce moment, je remarque le bruit du frigo », puis « …que mes épaules sont serrées », puis « …que je pense au mail de ce matin ».
- Ne choisissez pas : prenez ce qui vient, une phrase après l’autre.
- À la fin, relisez ou repensez à vos phrases. Dans quelle zone êtes-vous resté le plus longtemps : dehors, dans le corps, dans les pensées ? Laquelle avez-vous presque oubliée ?
Il n’y a pas de bonne réponse. Vous découvrirez peut-être que vous passez très vite des sensations aux pensées. Si l’exercice fait monter une émotion trop forte, arrêtez-vous, regardez autour de vous, posez les yeux sur un objet de la pièce, et parlez-en à un professionnel.
Quand l’awareness fait peur
Remarquer ce qui se passe en soi n’est pas toujours agréable. Une tristesse mise de côté depuis longtemps, une colère, une peur peuvent revenir d’un coup. Joyce et Sills citent le cas d’une personne si absorbée par ses sensations qu’elle glissait vers la panique.
C’est pour cela que la séance compte. Paul Goodman décrivait la thérapie comme une « urgence sûre » : un lieu où l’on peut essayer quelque chose de nouveau, donc d’un peu risqué, avec assez de sécurité pour le faire (cité par Wheeler et Axelsson, p. 36). Le rythme se règle avec le thérapeute, et l’on peut toujours ralentir. C’est pour cela qu’on développe l’awareness avant de proposer des exercices plus engageants, comme la chaise vide en Gestalt.
Si vous traversez une détresse importante ou si des idées noires vous viennent, voyez votre médecin sans attendre. Le 3114 répond aussi, jour et nuit.
Questions fréquentes
L’awareness, c’est de la méditation ?
Pas vraiment. Les deux portent l’attention sur l’instant, mais la méditation de pleine conscience se pratique surtout seul, en laissant passer ce qui vient. L’awareness gestaltiste se travaille aussi dans la relation, avec le thérapeute, et cherche à reconnaître ce que vous vivez comme le vôtre.
Peut-on travailler son awareness seul ?
Oui, en partie. L’exercice des trois minutes se fait chez soi, et Perls, Hefferline et Goodman proposaient déjà des exercices à faire seul. Ce qui se passe avec quelqu’un d’autre, en revanche, se voit mieux en séance, parce que la relation fait partie de ce que l’on observe.
Pourquoi garde-t-on le mot anglais « awareness » ?
Parce que c’est le mot technique de la Gestalt, et qu’il n’a pas d’équivalent exact en français. « Conscience » est trop large, « prise de conscience » trop intellectuelle. L’awareness désigne une attention vécue, dans le corps et dans l’instant.
L’awareness sert-elle dans le couple ?
Oui. Joseph Zinker et Sonia Nevis s’adressaient aux deux partenaires à la fois, avec des observations du type « nous remarquons que vous deux… ». Chacun prend ainsi conscience de lui-même et de leur façon d’être ensemble (cité dans Woldt et Toman, 2005). La page sur les couples qui se disputent tout le temps montre ce travail sur un cas concret, et la page thérapie de couple à Paris 12 ou en visio présente le cadre des séances.
Est-ce que la Gestalt-thérapie marche ?
Des études existent, avec leurs limites. La page sur l’efficacité de la Gestalt-thérapie et ce que disent les études les présente une par une.
L’awareness se découvre surtout en la vivant, avec quelqu’un qui vous aide à remarquer ce qui se passe. Les séances individuelles durent 45 minutes : 75 € au cabinet, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine (métro Ledru-Rollin), ou 70 € en visio sur Zoom. Elles ont lieu du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, au cabinet ou en visio, et le jeudi en visio uniquement, de 18 h à 22 h 45. La Gestalt fait partie de la famille décrite sur la page « Qu’est-ce qu’une thérapie humaniste ? ». Pour le rythme et la durée d’un suivi, voyez combien de temps dure une Gestalt-thérapie.
Qui écrit ? Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute au Cabinet du Faubourg, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 12, et en visio. Son parcours est détaillé sur la page quel thérapeute est Stéphane Wioland. Pour revenir aux bases de l’approche, voyez la page la Gestalt-thérapie au cabinet.
Mis à jour le 28 octobre 2026. Ouvrages cités relus à cette date ; résumé de l’article de Kabat-Zinn (1982) relu sur PubMed.
Cette page informe, elle ne remplace pas un avis médical. Une thérapie ne remplace pas un suivi ou un traitement médical. En cas de détresse ou d’idées suicidaires, parlez-en à votre médecin ou appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert 24 heures sur 24.