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Communication non violente en couple : exemples concrets

La communication non violente, mise au point par Marshall Rosenberg, propose de dire les choses en quatre temps : ce que j’observe, ce que je ressens, ce dont j’ai besoin et ce que je te demande. En couple, elle aide à remplacer le reproche par un besoin que l’autre peut entendre. Elle ne suffit pas quand la blessure est ancienne, et elle n’est jamais une réponse à la violence.

Pour l’ensemble de mon approche du couple, voyez la page sur la thérapie de couple à Paris 12 et en visio.

La CNV en couple : l’essentiel

  • Quatre temps : un fait que l’on peut observer, un sentiment, un besoin, une demande précise.
  • Avant : « Tu ne m’écoutes jamais. » Après : « Tout à l’heure, quand je te racontais ma journée, tu regardais ton téléphone. Je me suis sentie seule. J’ai besoin d’attention quand on se retrouve le soir. Tu veux bien poser ton téléphone pendant le dîner ? »
  • La recherche porte sur des soignants et des étudiants en médecine. Aucun essai mené sur des couples n’a été trouvé.
  • La formule récitée sonne faux, et elle peut devenir une arme. Face à des coups ou à des menaces, ce n’est plus une question de mots : appelez le 3919, ou le 17 en cas de danger immédiat.

Qu’est-ce que la communication non violente ?

Marshall Rosenberg (1934-2015), psychologue américain, a été l’élève de Carl Rogers, le fondateur de l’approche centrée sur la personne (voir ce qu’est la thérapie humaniste). Il a commencé à transmettre sa démarche au début des années 1960, en travaillant avec des militants des droits civiques, et il a fondé en 1984 le Center for Nonviolent Communication. En français, son livre s’intitule Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), paru à La Découverte en 1999.

La méthode tient en quatre temps, souvent résumés par les lettres OSBD :

  • Observation : ce qui s’est passé, comme une caméra l’aurait filmé, sans jugement. « Tu es rentré à 22 h » plutôt que « tu es toujours en retard ».
  • Sentiment : ce que je ressens, moi : triste, inquiète, en colère, découragé.
  • Besoin : ce qui, en moi, n’a pas été nourri : être consulté, compter pour l’autre, du calme, de la tendresse.
  • Demande : une action précise et faisable, que l’autre reste libre de refuser.

Le mot « violente » surprend souvent. Rosenberg vise par ce mot la violence des mots de tous les jours : juger l’autre, le comparer, exiger, ou dire « je suis obligé » pour ne pas assumer son choix (Nonviolent Communication: A Language of Life, 2003, chap. 2). Ces phrases semblent banales, et pourtant elles mettent l’autre en position de se défendre.

Cinq phrases de dispute réécrites

Dans les couples que je reçois, cinq comportements reviennent le plus : la comparaison, la critique mal formulée, l’enfermement sur soi, le retrait et la fuite. La page pourquoi les mêmes disputes reviennent explique ce que chacun protège. Ici, on les reprend pour les dire autrement. Les phrases sont des exemples inventés pour cette page. Se fermer ou fuir, la Gestalt y voit des façons de se couper de l’autre.

Ce qu’on dit Ce qu’on pourrait dire Le besoin dessous
Comparaison : « Ta sœur, au moins, elle s’intéresse à ce que je fais. » « Hier, quand je t’ai parlé de mon entretien, tu as regardé ton téléphone. Je me suis senti triste. Ce soir, tu veux bien qu’on en parle dix minutes, sans écran ? » Être écouté, compter pour l’autre
Critique mal formulée : « Tu ne penses jamais à moi. » « Ce week-end, tu as accepté deux invitations sans m’en parler. J’ai été déçue. La prochaine fois, tu veux bien m’en parler avant de dire oui ? » Être consultée, décider à deux
Enfermement sur soi : « Laisse tomber, je n’ai rien à dire. » « Ce que tu m’as dit ce matin m’a blessé, et je n’arrive pas à en parler tout de suite. On peut en reparler ce soir, après le dîner ? » Du temps, se sentir en sécurité pour parler
Retrait : deux jours de silence après une dispute « Depuis dimanche, je ne te parle presque plus. Je me sens découragée. Tu veux bien m’écouter jusqu’au bout, avant de me répondre ? » Être comprise, croire qu’on peut s’entendre
Fuite : « Je n’ai pas le temps pour ça. » « Quand on parle d’argent, je sens la tension monter et j’ai envie de partir. On peut se garder vingt minutes samedi matin pour en parler au calme ? » Du calme, ne pas se sentir piégé

Dans chaque réécriture, on retrouve un fait daté, un sentiment, puis une demande que l’on peut tenir. Le besoin n’est pas toujours prononcé : il suffit souvent que celui qui parle l’ait trouvé, et la demande le porte. Ces phrases ne règlent pas la dispute à elles seules, mais elles ouvrent une porte que le reproche fermait.

Le plus difficile : trouver son besoin

Sur le papier, la méthode paraît simple, mais dans la vraie vie le besoin est la partie la plus dure à trouver, parce que la colère arrive en premier et qu’elle désigne un coupable.

Un piège fréquent est le sentiment qui cache un reproche. « Je me sens abandonnée », « je me sens manipulé » : ces mots décrivent moins ce que l’on ressent que ce que l’on pense que l’autre a fait. Rosenberg conseille de les traduire : derrière « abandonnée », il y a peut-être de la tristesse et un besoin de présence (2003, chap. 4).

Virginia Satir, l’une des fondatrices de la thérapie familiale, allait dans le même sens. Pour elle, beaucoup de messages veulent dire au fond « reconnais-moi ». On les dit de façon détournée, parce qu’une demande directe expose à la gêne d’un refus (Conjoint Family Therapy, chap. IX). Le reproche est souvent une demande déguisée, et tout le travail consiste à retirer le déguisement.

Quelques besoins qui reviennent souvent en couple : être écouté, compter pour l’autre, être consulté, du calme, de la tendresse, de la liberté, de la reconnaissance pour ce que l’on fait. La jalousie se dit elle aussi comme un besoin : voyez la jalousie vue comme un besoin.

Écouter l’autre avec la CNV

La CNV sert aussi à recevoir un reproche sans contre-attaquer. Rosenberg appelle cela l’écoute empathique : entendre, sous les mots durs de l’autre, ce qu’il ressent et ce dont il a besoin, puis le lui redire pour vérifier. « Tu es en colère parce que tu aurais aimé que je te consulte ? »

Satir décrit bien ce qui empêche d’écouter : pendant que l’autre parle, on prépare sa réponse, on juge s’il a tort ou raison, et l’on n’entend qu’un morceau de la phrase (Making Contact). Ce morceau réveille une vieille blessure, et la dispute repart sur un malentendu.

Elle ajoute une idée qui compte en couple : la communication « congruente », où les mots, le ton et le corps disent la même chose. Une phrase de CNV dite les dents serrées n’est pas congruente, et l’autre le sent tout de suite. Satir voyait aussi, dans l’attitude de celui qui accuse, le germe d’une vraie affirmation de soi, qui peut s’exprimer autrement (Satir, Banmen, Gerber et Gomori, The Satir Model, 1991).

Que dit la recherche sur la CNV ?

Les études sur la communication non violente sont rares, et aucune de celles que l’on trouve ne porte sur des couples. Une recherche sur PubMed le 28 octobre 2026 n’a retrouvé aucun essai mené sur la CNV en couple. Voici ce qui existe.

  • Étudiants en médecine, en France. 312 étudiants de troisième année ont été répartis au hasard entre une formation de deux jours et demi à la CNV et un groupe qui ne l’a pas suivie. Trois mois plus tard, l’empathie que les étudiants déclaraient dans un questionnaire avait un peu augmenté. Les tests qui mesuraient l’empathie sans passer par l’auto-évaluation n’ont pas bougé, et seuls 153 étudiants ont rempli les deux temps de mesure (Epinat-Duclos et al., 2021).
  • Soignants, en Allemagne. Après trois jours de formation, des professionnels de santé exprimaient davantage leurs émotions et utilisaient plus la CNV au travail. Leur détresse face à la souffrance des autres avait diminué, comparée à un groupe sans formation (Wacker et Dziobek, 2018).
  • Une revue de 2024. Sur la CNV dans le travail de soin, les auteurs n’ont retenu que sept études, dont deux expérimentales, pour 185 participants en tout (Adriani et al., 2024).

Ces résultats sont encourageants pour des soignants. Ils ne disent rien de ce qui se passe dans un couple, où les blessures sont plus anciennes et les enjeux plus intimes. Personne ne peut donc affirmer, études à l’appui, que la CNV sauve un couple.

Les pièges et les limites de la CNV en couple

La formule récitée

« Quand tu… je ressens… parce que j’ai besoin de… » : apprise par cœur, la phrase sonne comme un mode d’emploi. L’autre entend la technique avant d’entendre la personne. Mieux vaut une phrase maladroite et sincère qu’une phrase parfaite et froide.

La CNV utilisée comme une arme

« Tu ne fais pas ta CNV, là. » Quand la méthode sert à corriger l’autre, elle redevient un reproche. De même, une demande que l’autre n’a pas le droit de refuser reste une exigence, même bien formulée. Une demande que l’autre ne peut pas refuser tourne vite au rapport de force dans le couple.

Quand la blessure est profonde

Après une infidélité, un deuil ou des années de silence, changer de mots ne suffit pas. Il faut d’abord revenir sur ce qui s’est passé, et sur ce que chacun n’a jamais dit. La page sur reconstruire le couple après une infidélité en parle.

Jamais une réponse à la violence

Quand l’un a peur de l’autre, quand il y a des coups, des menaces ou des violences sexuelles, il ne s’agit plus de mieux communiquer. Appelez le 3919 (Violences Femmes Info), gratuit, anonyme et joignable jour et nuit, ou consultez arretonslesviolences.gouv.fr. En cas de danger immédiat, appelez le 17, ou envoyez un SMS au 114. La page quand consulter en thérapie de couple donne d’autres repères.

Comment je travaille cela en séance

J’utilise la CNV avec les couples, avec ma grille personnelle de lecture.

Je commence par ramener les personnes au moment présent, pour qu’elles puissent dire ce qu’elles vivent dans leur couple, leurs souffrances et leurs manques, afin de les transformer en besoins. Le cadre reste le même : parler de soi et pas de l’autre, de ce que l’on vit et de la façon dont on le vit.

Quand un reproche part en séance, je pose souvent l’une de ces deux phrases : « Transformez ce reproche en besoin, s’il vous plaît », ou « Quel besoin se cache derrière ce reproche ? ». Quand la dispute se rejoue devant moi, j’explique les mécanismes de défense qui sont à l’œuvre, et je les décompose avec la personne.

Pour moi, il n’y a pas de limites, il y a juste des habitudes humaines qui sont assez compliquées à modifier, et je m’en rends compte moi-même chaque jour.

Cet avis de praticien ne remplace pas ce que montrent les études : la recherche sur la CNV reste mince et ne concerne pas les couples, et les situations décrites plus haut demandent autre chose que des mots.

Un exercice à deux pour cette semaine

  • Choisissez chacun un reproche récent, un seul, et plutôt un petit.
  • Écrivez-le tel quel, puis cherchez le fait précis, ce que vous avez ressenti et le besoin qu’il y avait dessous.
  • Choisissez un moment calme, pas juste après une dispute. L’un dit sa phrase, l’autre la redit avec ses mots, sans se justifier, puis vous inversez les rôles.
  • Si la tension monte, arrêtez-vous et fixez tout de suite un autre moment.

Si l’exercice tourne à chaque fois à la dispute, un tiers peut souvent aider à voir ce qui bloque. Pour en faire une habitude, le temps des demandes du bilan de couple de la semaine reprend le même principe.

Se faire aider à deux

Dire un besoin plutôt qu’un reproche s’apprend plus vite avec quelqu’un qui n’est pas pris dans la dispute. Une séance de couple dure 1 h 20 et coûte 140 € au Cabinet du Faubourg, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris 12, ou 120 € en visio. Je reçois du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, au cabinet ou en visio, et le jeudi de 18 h à 22 h 45, en visio uniquement. Pour la suite, voyez comment se passe la première séance de thérapie de couple, le déroulé d’une thérapie de couple et, si vous êtes loin l’un de l’autre, la thérapie de couple à distance.

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Questions fréquentes

La communication non violente, c’est ne jamais se fâcher ?

Non. La colère a sa place. La CNV propose de la dire comme un sentiment qui vous appartient, relié à un besoin, plutôt que de la lancer comme un jugement sur l’autre.

Et si mon conjoint refuse de jouer le jeu ?

Vous pouvez changer votre propre façon de dire et d’écouter, ce qui modifie souvent l’échange. Si l’autre ne veut pas consulter, la page thérapie de couple quand on vient seul décrit ce que l’on peut travailler.

Quel livre lire pour commencer ?

Le livre de Marshall Rosenberg cité plus haut, paru à La Découverte, présente les quatre temps avec de nombreux dialogues de la vie courante.

Une thérapie de couple, est-ce de la CNV ?

En partie. La CNV est un outil parmi d’autres. Une thérapie de couple regarde aussi l’histoire de chacun, ce que la situation lui rappelle et la façon dont les deux réagissent l’un à l’autre.

Sources

  • Rosenberg M. B. (2003). Nonviolent Communication: A Language of Life (2e éd.). PuddleDancer Press. Trad. française : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), La Découverte, 1999 pour la première édition.
  • Center for Nonviolent Communication, page consacrée à Marshall Rosenberg (consultée le 28/10/2026).
  • Epinat-Duclos J., Foncelle A., Quesque F. et al. (2021). Does nonviolent communication education improve empathy in French medical students? International Journal of Medical Education, 12, 205-218. doi.org/10.5116/ijme.615e.c507
  • Wacker R. et Dziobek I. (2018). Preventing empathic distress and social stressors at work through nonviolent communication training: a field study with health professionals. Journal of Occupational Health Psychology, 23(1), 141-150. doi.org/10.1037/ocp0000058
  • Adriani P. A., Hino P., Taminato M. et al. (2024). Non-violent communication as a technology in interpersonal relationships in health work: a scoping review. BMC Health Services Research, 24(1), 289. doi.org/10.1186/s12913-024-10753-2
  • Satir V. (1964). Conjoint Family Therapy. Science and Behavior Books, chap. IX.
  • Satir V. (1976). Making Contact. Celestial Arts.
  • Satir V., Banmen J., Gerber J. et Gomori M. (1991). The Satir Model: Family Therapy and Beyond. Science and Behavior Books.
  • Gouvernement français, arretonslesviolences.gouv.fr (3919).

Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute, thérapeute de couple au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 28 octobre 2026.

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