Une pause peut aider un couple quand elle est décidée à deux, limitée dans le temps et encadrée par quelques règles claires : sa durée, le contact, la fidélité, les enfants, et un rendez-vous pour en parler à la fin. Sans ces règles, elle sert souvent à retarder une séparation que l’un des deux a déjà décidée.
Faire une pause : l’essentiel
- Une pause aide surtout quand les deux la veulent, qu’elle a un but et une date de fin.
- Elle cache souvent une rupture quand l’un a déjà choisi de partir et n’ose pas le dire, ou quand personne ne parle de la fin.
- Avant de commencer, cinq questions se règlent ensemble : la durée, le contact, les autres relations, l’argent et le logement, ce qu’on dit aux enfants.
- Aucune étude ne dit combien de temps doit durer une pause, ni combien de couples se retrouvent après.
- La thérapie de couple peut continuer pendant la pause, y compris en visio quand chacun vit de son côté.
- Si vous partez pour vous mettre à l’abri, ce n’est plus une pause : appelez le 3919, ou le 17 en cas de danger immédiat.
Pourquoi a-t-on envie de faire une pause ?
L’envie arrive rarement d’un coup : elle vient après des mois de fatigue, de disputes qui reviennent, parfois après la découverte d’une liaison. Un jour, l’un des deux dit « j’ai besoin d’air », et l’autre entend souvent « je ne t’aime plus ». Si la jalousie est à l’origine de l’envie de pause, la page sur la jalousie dans le couple peut aider.
Ce besoin d’air a du sens. En Gestalt-thérapie, le contact avec l’autre se vit en mouvement : on se rapproche, on reste ensemble, puis on se retire. Gro Skottun et Åshild Krüger décrivent ainsi deux besoins qui coexistent chez chacun, celui d’être proche et celui de garder une distance (Gestalt Therapy Practice, 2021, p. 125). Gordon Wheeler et Lena Axelsson parlent d’une frontière qui, à la fois, nous relie à l’autre et nous en distingue ; quand elle s’efface, la différence entre soi et l’autre se perd (Gestalt Therapy, 2015, p. 45-46). Certaines envies de pause disent cela : « je ne sais plus où je suis, moi, dans ce couple ».
Les auteurs du chapitre sur le couple de l’ouvrage dirigé par Ansel Woldt et Sarah Toman (2005) vont plus loin. Selon eux, chaque couple a ses façons de créer de la distance, et les plus faciles font mal : se disputer, chercher la faute ; et quand cela ne suffit plus, se réfugier dans le travail, dans sa famille d’origine ou chez ses amis. Ils proposent de respecter ce besoin de distance et de le rendre conscient, pour que le couple choisisse comment la prendre au lieu de la subir. Une pause décidée ensemble peut être ce choix. Si ce sont surtout les disputes qui vous épuisent, la page pourquoi les mêmes disputes reviennent décrit ce qui les fait tourner en boucle.
Pause, break, séparation : de quoi parle-t-on ?
Le mot recouvre des situations très différentes, à commencer par la pause sous le même toit : on continue de vivre ensemble, mais on se donne de l’espace, des soirées chacun de son côté, moins d’obligations l’un envers l’autre. Il y a la pause en vivant séparément, quelques semaines chez un ami, dans la famille ou dans un autre logement. Et il y a la séparation à l’essai, plus longue, où l’on teste vraiment la vie sans l’autre.
Rien de tout cela n’a à voir avec la pause de quelques minutes pendant une dispute, quand on sort de la pièce en annonçant l’heure à laquelle on reprendra la discussion. Celle-là sert à faire retomber la tension, et la page sur les disputes à répétition dans le couple en parle. Ici, il s’agit de semaines, parfois de mois.
Quand une pause peut-elle aider ?
Une pause a plus de chances d’être utile quand les deux la veulent, même si l’un la propose. Elle aide aussi quand elle a un but que chacun peut dire en une phrase : se reposer, réfléchir à ce qu’on attend du couple, voir ce qui manque quand l’autre n’est plus là tous les jours.
Elle doit aussi avoir une fin prévue, et pendant ce temps chacun regarde sa part, au lieu de compter les torts de l’autre. Une pause où l’on attend que l’autre change sans rien bouger soi-même ressemble vite à une salle d’attente.
Quand la pause cache une rupture
Parfois, la pause est une façon douce de partir. L’un des deux a déjà pris sa décision, mais il n’arrive pas à le dire, ou il veut ménager l’autre. Certains signes reviennent : personne ne parle de la date de fin, celui qui a demandé la pause ne donne plus de nouvelles, ou une autre relation commence. La pause sert alors à ne pas répondre « non » à la question « est-ce qu’on continue ? ».
Le cas est fréquent : l’un penche vers la séparation, l’autre veut sauver le couple. William Doherty et ses collègues, à l’université du Minnesota, ont décrit ces couples qu’ils appellent « à projets différents ». Sur 100 couples de ce type reçus pour les aider à décider, environ la moitié ont ensuite commencé une thérapie de couple pour se réconcilier. La plupart des autres ont choisi le divorce (Doherty, Harris et Wilde, 2016). Leur étude ne porte pas sur les pauses, mais elle montre qu’un couple où les deux ne veulent pas la même chose peut encore décider, à condition d’en parler franchement.
La recherche sur les ruptures suivies de retours va dans le même sens. René Dailey et son équipe ont interrogé des étudiants américains : ceux dont le couple se sépare puis se reforme parlent davantage de problèmes de communication et d’incertitude, et d’autant plus que les retours se répètent (Dailey et al., 2009). L’étude ne porte pas sur des pauses décidées à deux, mais elle rappelle que l’incertitude use, et une pause sans règles la fait durer.
Les cinq règles à fixer avant de commencer
Aucune étude n’a testé de « règles de la pause ». Les questions ci-dessous sont des repères de bon sens ; deux d’entre elles s’appuient sur la recherche citée plus haut (l’incertitude qui use, ce qui protège les enfants). Elles se règlent à deux, à voix haute, et le mieux est de les écrire.
| Question | À décider ensemble | Le piège |
|---|---|---|
| Durée et date du bilan | Une durée fixée à l’avance, et le jour où vous vous reverrez pour faire le point. | « Jusqu’à ce que j’y voie clair » : sans date, l’un des deux reste suspendu à l’autre. |
| Contact | À quelle fréquence vous vous parlez, par quel moyen, pour quels sujets (enfants, argent, urgences). | Des messages chaque soir qui rejouent la dispute, ou un silence total qui ressemble à une rupture. |
| Autres relations | Dire clairement si chacun reste fidèle pendant la pause. | Croire que c’est sous-entendu. Une rencontre découverte pendant la pause est souvent vécue comme une trahison. |
| Argent et logement | Qui part, où, et qui paie le loyer, le crédit, les charges. | Laisser flotter ces questions : elles reviennent en conflit et pèsent sur la décision finale. |
| Enfants et proches | Ce que vous dites, ensemble, aux enfants, à la famille, aux amis. | Chacun raconte sa version, ou prend un enfant ou un ami pour confident. |
Et avec des enfants ?
Les enfants sentent la tension avant qu’on leur dise quoi que ce soit. Il vaut mieux leur parler, avec des mots simples adaptés à leur âge, et si possible à deux, avec le même message. Ils ont besoin de savoir où ils dorment, qui les emmène à l’école, quand ils voient chacun de leurs parents. Ils n’ont pas à recevoir les confidences d’un adulte triste ou en colère.
Les travaux sur la séparation des parents, résumés par Catherine Rabouam dans L’attachement : approche clinique (dirigé par Nicole et Antoine Guédeney, p. 11-13), portent sur le divorce et non sur la pause. Ils indiquent que le conflit qui dure entre les parents pèse plus lourd sur les enfants que la séparation elle-même. Ils montrent aussi que la façon dont les parents organisent les départs et les retrouvailles compte beaucoup, et qu’il est important pour l’enfant de comprendre qu’il n’est pas responsable de ce qui arrive. Pour la résidence des enfants et les questions de droit, un avocat ou un médiateur familial est le bon interlocuteur.
Combien de temps dure une pause ?
Aucune durée n’est prouvée, et les chiffres qui circulent, trois semaines ou trois mois, ne s’appuient sur aucune étude. Ce qui compte, c’est de fixer une durée à l’avance, dès le départ, et la date du bilan avec elle. Rien n’empêche de prolonger un peu au bilan, si les deux le décident.
Au bilan, quelques questions aident : qu’est-ce qui m’a manqué, et qu’est-ce qui ne m’a pas manqué ? Qu’ai-je compris de ma part dans nos difficultés ? Qu’est-ce que je suis prêt à changer, concrètement ? Et l’autre, qu’en dit-il ?
Faire une thérapie de couple pendant la pause ?
C’est possible, et souvent utile. Laurent Schmitt rappelle qu’un thérapeute reçoit parfois des personnes dont le couple est en crise, avant que la séparation ne soit faite. Sa place est alors de ne prendre parti pour personne et de ne pas donner de conseils directifs (Premiers pas en psychothérapie, chapitre 14, « Séparation amoureuse »), si bien que chacun peut dire ce qu’il vit sans que la séance tourne au procès.
Comment je travaille cela en séance
Quand un couple me dit qu’il envisage une pause, je lui rappelle qu’elle doit être construite et discutée à deux, avec ses limites dans le temps.
La pause est parfois nécessaire pour se recentrer sur soi. Parfois aussi, elle est une forme de test avant de décider d’une séparation définitive. L’idée est de bien la construire, que ce soit une pause ou une séparation.
Les séances peuvent continuer pendant la pause, bien sûr. C’est même intéressant de voir comment chacun la vit et ce qu’il en apprend.
Si vous ne vivez plus au même endroit, chacun peut se connecter de son côté, depuis deux lieux différents, voire deux pays : la séance se fait alors à trois écrans. Un couple peut aussi venir une fois au cabinet et faire la séance suivante en visio. Le cadre reste le même : parler de soi et pas de l’autre, parler de ce que l’on vit et de la façon dont on le vit.
Si l’autre refuse de venir, vous pouvez commencer seul : la page thérapie de couple quand on vient seul explique ce qui se travaille dans ce cas.
Quand la pause sert à se protéger
Si vous partez parce que vous avez peur de l’autre, parce qu’il y a des coups, des menaces ou des violences sexuelles, il ne s’agit plus d’une pause dans le couple. C’est une mise à l’abri : appelez le 3919 (Violences Femmes Info), gratuit, anonyme et joignable jour et nuit, ou consultez arretonslesviolences.gouv.fr. En cas de danger immédiat, appelez le 17, ou envoyez un SMS au 114.
À la fin de la pause
Le rendez-vous de fin se fait de vive voix et au calme, plutôt que par messages, et chacun y dit ce qu’il a compris pendant ce temps et ce qu’il veut maintenant.
Deux issues sont possibles. Soit vous reprenez, avec des changements concrets et datés, sinon les mêmes difficultés reviendront vite. Soit vous vous séparez, et la pause aura au moins permis de le décider plus clairement. La page renforcer son couple ou bien se séparer aide à peser ce choix, et celle sur la rupture amoureuse accompagne l’après. Pour situer la pause parmi les autres moments difficiles, voyez les différentes crises dans le couple.
Une pause se prépare mieux avec un tiers, et la thérapie peut continuer pendant celle-ci, chacun de son côté en visio. Une séance de couple dure 1 h 20 et coûte 140 € au cabinet, au 82 rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris 12, ou 120 € en visio sur Zoom. Une séance individuelle dure 45 minutes : 75 € au cabinet, 70 € en visio. Les séances ont lieu du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, et le jeudi en visio de 18 h à 22 h 45. Pour savoir si c’est le moment de consulter, voyez quand consulter en thérapie de couple, et pour l’approche dans son ensemble, la thérapie de couple à Paris 12 ou en visio.
Questions fréquentes
Une pause dans le couple, c’est la fin ?
Pas forcément, car une pause décidée à deux, avec une durée et un bilan, peut aider à repartir. Elle annonce plus souvent la fin quand l’un a déjà décidé de partir, quand rien n’est fixé ou quand personne ne parle du retour.
Peut-on voir d’autres personnes pendant une pause ?
C’est à décider ensemble, avant de commencer, et à dire clairement. Le flou sur ce point est l’un des pièges les plus fréquents : ce que l’un vit comme une liberté, l’autre le vit comme une trahison.
Il (ou elle) veut faire une pause : que faire ?
Demandez ce que la pause doit permettre, combien de temps elle durera et quand vous en reparlerez. Vous avez le droit de poser vos conditions, et si vous sentez que la décision de partir est déjà prise, dites-le : une réponse claire, même douloureuse, use moins qu’une attente sans fin.
Faire une pause après une infidélité, est-ce une bonne idée ?
Cela peut aider à faire retomber le choc, à condition que la pause ait une fin et que la relation extérieure ne continue pas en cachette. La page reconstruire le couple après une infidélité décrit ce qui se travaille ensuite.
Peut-on faire une thérapie de couple en visio pendant une pause, en vivant séparément ?
Oui, chacun se connecte de son côté, depuis deux lieux différents, et la séance se fait à trois écrans. La page thérapie de couple à distance en décrit le cadre.
Sources
- Doherty W. J., Harris S. M. et Wilde J. L. (2016). Discernment counseling for « mixed-agenda » couples. Journal of Marital and Family Therapy, 42(2), 246-255. doi.org/10.1111/jmft.12132
- Dailey R. M., Pfiester A., Jin B., Beck G. et Clark G. (2009). On-again/off-again dating relationships: How are they different from other dating relationships? Personal Relationships, 16(1), 23-47. doi.org/10.1111/j.1475-6811.2009.01208.x
- Woldt A. L. et Toman S. M. (dir.) (2005). Gestalt Therapy: History, Theory, and Practice. Sage. Chapitre sur la thérapie de couple, section « Factors specific to couples therapy ».
- Skottun G. et Krüger Å. (2021). Gestalt Therapy Practice: Theory and Experiential Learning. Routledge. p. 125.
- Wheeler G. et Axelsson L. (2015). Gestalt Therapy. American Psychological Association. p. 45-46.
- Rabouam C. (2010), « Conflits parentaux et divorce : effets sur les enfants », dans Guédeney N. et Guédeney A. (dir.), L’attachement : approche clinique. Du bébé à la personne âgée. Elsevier Masson. p. 11-13.
- Schmitt L. (2010). Premiers pas en psychothérapie. Petit manuel du psychothérapeute. Elsevier Masson. Chapitre 14, « Séparation amoureuse ».
Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute, thérapeute de couple au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 29 octobre 2026.
Les séances ne remplacent pas un suivi ou un traitement médical. En cas de détresse importante ou d’idées noires, parlez-en à votre médecin ou appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert jour et nuit.