La chaise vide est un exercice de Gestalt-thérapie : vous parlez à quelqu’un, ou à une partie de vous-même, que vous imaginez assis en face de vous, et parfois vous changez de place pour lui répondre. Elle sert à dire ce qui n’a pas pu être dit, à éclairer un conflit intérieur ou à mettre des mots sur une relation, toujours avec votre accord et à votre rythme.
La chaise vide : l’essentiel
L’exercice consiste à s’adresser directement à une personne absente, ou à une part de soi, plutôt que de parler d’elle. La chaise peut être réelle ou seulement imaginée, les yeux fermés. Les études récentes montrent qu’elle aide surtout à vivre plus pleinement ses émotions en séance, avec des résultats encourageants mais encore limités. Elle se propose, elle ne s’impose jamais, et elle ne convient pas à tout le monde d’emblée. Elle fait partie des « expériences » de la Gestalt-thérapie, dite de troisième génération.
En quoi consiste l’exercice ?
Phil Joyce et Charlotte Sills décrivent la forme la plus simple. On place dans la pièce une chaise que ni le thérapeute ni la personne n’utilisent. La personne imagine assis sur cette chaise quelqu’un de sa vie actuelle ou passée, puis elle lui parle sans surveiller ses mots (Skills in Gestalt Counselling & Psychotherapy, Sage, 3e éd., 2014, p. 100-101). Selon eux, l’exercice rend l’expérience plus immédiate : la situation du dehors entre dans la pièce.
Quand la personne change de chaise pour répondre à la place de l’autre, ou pour faire parler une autre part d’elle-même, on parle de « travail à deux chaises ». Gordon Wheeler et Lena Axelsson le présentent comme une variante de la chaise vide, utile devant un dilemme ou un choix difficile : chaque chaise porte une voix, et la personne passe de l’une à l’autre (Gestalt Therapy, American Psychological Association, 2015, p. 37 et 40-41).
D’où vient la chaise vide ?
La technique est associée à Fritz Perls, l’un des fondateurs de la Gestalt. Ueli Kramer en retrace l’origine dans la Gestalt et dans l’approche centrée sur la personne, puis présente ses développements dans d’autres thérapies dites expérientielles (« La chaise vide en psychothérapie : origines et développements », Pratiques psychologiques, 2013). La thérapie des schémas, par exemple, l’utilise en disant l’avoir « adaptée de la gestalt-thérapie » (Young, Klosko et Weishaar, La thérapie des schémas, éd. française 2017).
Dans les années 1960, Perls la montre devant des publics entiers, lors de ses ateliers en Californie. La page sur Esalen et les démonstrations de Fritz Perls raconte cette période. Le succès a eu un revers, que souligne l’ouvrage dirigé par Ansel Woldt et Sarah Toman. Des thérapeutes peu formés ont appliqué l’exercice de façon mécanique, et dans certains milieux la Gestalt a fini par se résumer à « la chaise vide » (Gestalt Therapy: History, Theory, and Practice, Sage, 2005, partie « The Experiment »).
À quoi sert la chaise vide ?
Dire ce qui n’a pas pu être dit
Un parent mort trop tôt, une rupture brutale, une dispute jamais réglée : la Gestalt parle de « situations inachevées ». Elles reviennent tant qu’elles n’ont pas trouvé de fin. Parler à la personne, ici et maintenant, permet parfois d’exprimer enfin la colère, le regret ou la gratitude restés bloqués. Joyce et Sills y voient l’un des grands usages de l’exercice : achever ce qui était resté en suspens (p. 101).
Faire dialoguer deux parts de soi
Une part de vous dit « il faut », une autre dit « je n’en peux plus ». La Gestalt appelle la première le « topdog », celle qui commande, et la seconde l’« underdog », celle qui résiste en silence. Sur une chaise, on fait parler les « il faut » ; sur l’autre, les envies et les besoins. Joyce et Sills décrivent souvent un adoucissement des deux côtés, chacun reconnaissant que l’autre a son utilité (p. 101). Ces « il faut » viennent souvent de règles avalées très tôt, sans les avoir choisies, ce que la Gestalt appelle l’introjection. Pour en savoir plus, voyez la projection et l’introjection.
Comprendre ce que l’on prête à l’autre
Gro Skottun et Åshild Krüger rappellent que Perls appelait aussi la chaise d’en face la « chaise de projection », parce que la personne que vous y installez est en partie l’image que vous vous faites d’elle. En vous asseyant à sa place et en prenant ses attitudes, vous découvrez ce que vous lui attribuez (Gestalt Therapy Practice: Theory and Experiential Learning, Routledge, 2022, partie « Projection chair »).
Essayer une parole nouvelle
Demander une augmentation, dire non à un parent, poser une limite : on peut répéter la phrase devant la chaise avant de la dire en vrai. Wheeler et Axelsson donnent l’exemple d’une personne qui voudrait demander plus de reconnaissance à son chef, pendant qu’une autre voix en elle lui souffle « ne prends pas ce risque » (p. 40). En séance, on écoute les deux.
Comment se passe une séance avec la chaise vide ?
Il n’y a pas de protocole unique, mais les étapes se ressemblent souvent :
- Le thérapeute propose l’exercice et demande votre accord. Joyce et Sills conseillent de passer un vrai petit contrat, surtout la première fois (p. 96).
- Il dose le défi. Une simple question suffit parfois : « Si cette personne était là, que lui diriez-vous ? » (p. 102). On peut aller plus loin ensuite, ou s’arrêter là. Trop de risque déborde la personne, trop peu ne lui apprend rien (p. 97).
- Vous installez la personne imaginée : où est-elle, comment se tient-elle, quel air a-t-elle ?
- Vous lui parlez, à la deuxième personne, au présent.
- Si c’est utile, vous changez de chaise pour lui répondre, puis vous revenez à votre place.
- Pour finir, vous en parlez avec le thérapeute : ce qui s’est passé dans le corps, ce qui vous a surpris.
Prenons un exemple composite, construit à partir de situations fréquentes et non tiré d’un patient réel. Nadia, 38 ans, n’arrive pas à demander un temps partiel. Sur une chaise, elle fait parler la voix qui dit « tu dois tenir, ne déçois personne ». Sur l’autre, la voix fatiguée finit par dire : « Je ne veux plus courir. » En changeant de place, Nadia reconnaît dans la première voix les mots de sa mère, et entend qu’elle cherche surtout à la protéger. Elle n’a pas encore fait sa demande, mais elle sait maintenant ce qui la retient. Cette voix a souvent été, autrefois, une vieille solution devenue trop étroite.
Que disent les études sur la chaise vide ?
Deux synthèses récentes font le point. Plusieurs des essais qu’elles réunissent portent sur la thérapie centrée sur les émotions, qui a repris la technique, et non sur la Gestalt elle-même.
| Étude | Ce qui a été étudié | Ce qu’elle trouve | Limites |
|---|---|---|---|
| Pascual-Leone et Baher, Psychotherapy, 2023 | Méta-analyses des effets du travail avec les chaises en thérapie individuelle | En une séance, la chaise approfondit le vécu émotionnel plus que la simple écoute empathique. Sur les symptômes, l’effet d’une seule séance ressemble à celui d’autres méthodes. Utilisée plusieurs fois au cours d’une thérapie, elle apporte un gain modéré par rapport aux thérapies qui ne l’utilisent pas. | L’orientation du thérapeute semble modifier les résultats |
| Ottingerová, Halamová et Szitás, Frontiers in Psychology, 2026 | 22 essais randomisés publiés jusqu’en août 2024 | Résultats favorables pour la dépression, les traumatismes de l’enfance, les situations inachevées, les troubles obsessionnels compulsifs, le stress post-traumatique, l’anxiété sociale et les troubles alimentaires. Aucun essai sur la thérapie de couple. | Petits échantillons, mesures par questionnaires remplis par les patients, exercices très variés d’une étude à l’autre |
La méta-analyse d’Antonio Pascual-Leone et Tabarak Baher est en ligne sur le site de l’APA (résumé lu sur PubMed). La revue de Lenka Ottingerová et de ses collègues est en accès libre. Parmi ses essais, l’un compare chez 48 personnes indécises sur leur carrière le travail à deux chaises de la Gestalt, une méthode de résolution de problèmes et un groupe sans intervention : les deux chaises réduisent davantage l’indécision. Un autre, mené auprès de 119 femmes ayant perdu leur mari pendant la guerre de Bosnie, trouve un avantage modeste au dialogue avec la chaise vide sur le deuil traumatique.
Les autrices de la revue parlent d’une intervention « prometteuse », et aucune de ces études ne permet de promettre une guérison. Pour la Gestalt-thérapie dans son ensemble, voyez ce que disent les études sur la Gestalt en général.
Quand vaut-il mieux s’en abstenir ?
Skottun et Krüger citent Laura Perls, cofondatrice de la Gestalt : selon elle, le travail avec la chaise vide ne se fait qu’avec des personnes relativement solides. Fritz Perls l’utilisait d’ailleurs surtout avec des professionnels déjà formés à la Gestalt. Les deux autrices en tirent une conséquence pratique : il faut d’abord développer l’awareness, la conscience de ce qui se passe en soi, avant de proposer l’exercice.
Joyce et Sills ajoutent une mise en garde. La simple proposition d’un exercice peut faire naître de la honte chez certaines personnes, et le thérapeute doit y être très attentif (p. 97). Parfois, parler avec lui, ici et maintenant, aide davantage qu’un dialogue avec une chaise (p. 103).
Un traumatisme récent, une détresse très forte, une tendance à « décrocher » de soi-même demandent donc un cadre sûr et beaucoup de prudence. Dans tous les cas, vous pouvez refuser ou arrêter en cours de route. Si vous traversez une période très difficile ou si des idées noires vous viennent, parlez-en à votre médecin. Le 3114 répond aussi, jour et nuit.
Comment je travaille cela en séance
La chaise vide est une expérience que je peux vous proposer, jamais une recette, et vous pouvez toujours la refuser.
Je la propose souvent en hypnose, par la visualisation, que je trouve bien plus facile. Je l’utilise surtout pour des problèmes familiaux, un deuil ou des questions transgénérationnelles.
Je m’en abstiens quand je pense que ce n’est pas encore le moment, et dans le cadre d’un trouble de stress post-traumatique.
À quelqu’un que l’idée gêne ou fait rire, je réponds : « Ce n’est pas la chaise qui est importante, mais sa représentation. »
Et en visio ?
La chaise n’a pas besoin d’exister. Un guide clinique de la Fédération Addiction et du Cn2r décrit d’ailleurs une chaise « réelle ou visualisée mentalement » (p. 142-143). En visio comme au cabinet, je passe par la visualisation. Je dis par exemple : « Fermez les yeux et pensez à cette personne… visualisez l’image de cette personne en face de vous. » Le cadre des séances à distance est expliqué sur la page la Gestalt en visio, et l’hypnose que j’utilise sur la page hypnose ericksonienne et humaniste.
Questions fréquentes
Faut-il une vraie chaise ?
Non. Une chaise, un coussin ou un objet peuvent représenter la personne, et l’on peut aussi l’imaginer les yeux fermés. Ce qui compte, c’est l’image que vous en avez et ce qu’elle réveille en vous.
Est-ce que c’est gênant, ou ridicule ?
Beaucoup de gens le craignent au début, et c’est normal. La gêne fait partie de ce que l’on peut regarder ensemble. On commence souvent petit, par une phrase, et vous restez libre de dire non.
La chaise vide aide-t-elle dans un deuil ?
Elle peut aider à dire ce qui n’a pas été dit à la personne disparue. Un essai mené auprès de femmes endeuillées par la guerre de Bosnie a trouvé un effet favorable sur le deuil traumatique, dans un programme de groupe. Un deuil récent demande toutefois du temps et un accompagnement : mieux vaut ne pas faire l’exercice seul.
Peut-on faire la chaise vide seul chez soi ?
Pas pour un deuil, un traumatisme ou une personne qui vous a fait du mal. Pour un petit dilemme du quotidien, vous pouvez essayer une version douce : sur une chaise, la part de vous qui dit « il faut » ; sur l’autre, celle qui dit « j’ai envie ». Restez quelques minutes, puis notez ce que vous avez remarqué. Si l’émotion déborde, arrêtez et parlez-en à votre médecin ou à un thérapeute.
La Gestalt, est-ce seulement la chaise vide ?
Non. La chaise vide n’est qu’une expérience parmi d’autres, et beaucoup de séances s’en passent. La Gestalt repose d’abord sur l’attention au présent et sur la relation avec le thérapeute. La page qui compare Gestalt-thérapie, TCC et psychanalyse montre ce qui la distingue.
La chaise vide ne se force pas : elle se propose quand le moment s’y prête. Les séances individuelles durent 45 minutes : 75 € au Cabinet du Faubourg, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine (métro Ledru-Rollin), ou 70 € en visio sur Zoom. Les séances d’hypnose durent 80 minutes, pour 100 €. Elles ont lieu du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, au cabinet ou en visio, et le jeudi en visio uniquement, de 18 h à 22 h 45. Le cadre est détaillé sur la page une thérapie individuelle à Paris 12.
Qui écrit ? Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute au Cabinet du Faubourg, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 12, et en visio. Son parcours est détaillé sur la page quel thérapeute est Stéphane Wioland. Pour revenir aux bases de l’approche, voyez la page la Gestalt-thérapie au cabinet.
Mis à jour le 29 octobre 2026. Ouvrages cités relus à cette date ; résumés des deux synthèses relus sur PubMed, texte intégral de la revue de 2026 lu sur PubMed Central ; résumé de l’article de Kramer (2013) relu.
Cette page informe, elle ne remplace pas un avis médical. Une thérapie ne remplace pas un suivi ou un traitement médical. En cas de détresse ou d’idées suicidaires, parlez-en à votre médecin ou appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert 24 heures sur 24.