Oui, l’arrivée d’un bébé secoue la plupart des couples. Dans une étude qui a suivi 218 couples pendant leurs huit premières années de mariage, la qualité de la relation baissait d’un coup après la première naissance, autant chez les pères que chez les mères. Ce n’est pas le signe d’un mauvais couple, plutôt un nouvel équilibre à trouver à deux. Quand la tristesse ou l’épuisement s’installent, il faut aussi penser à une dépression du post-partum, chez l’un comme chez l’autre parent, et en parler à un médecin ou à une sage-femme.
Pour l’ensemble de mon approche du couple, voyez la page sur la thérapie de couple à Paris 12 et en visio.
Le couple après bébé : l’essentiel
- La relation baisse souvent après une naissance, et les études la mesurent chez les deux parents. C’est fréquent, ce qui ne veut pas dire qu’il faille le subir.
- Le manque de sommeil, les tâches qui changent de mains, le temps à deux qui disparaît et la place de chacun dans le nouveau trio nourrissent les tensions.
- Une tristesse qui dure plus de deux semaines, un épuisement permanent ou des idées noires appellent un médecin ou une sage-femme, pour la mère comme pour le père ou la coparente. En cas d’idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit.
- Ce qui aide : parler de soi plutôt que de l’autre, se répartir les nuits et les tâches, garder un moment à deux, et se faire aider, au cabinet ou en visio.
Est-ce normal que notre couple aille moins bien depuis la naissance ?
C’est en tout cas très courant. Brian Doss et ses collègues ont suivi 218 couples mariés pendant huit ans, avant et après la naissance de leur premier enfant. Après la naissance, la relation se dégradait d’un coup, qu’on la mesure par des questionnaires ou en observant les échanges du couple. La baisse était de taille petite à moyenne, et elle avait tendance à durer pendant les années suivantes (Doss et al., 2009).
Deux résultats de cette étude parlent à beaucoup de parents. Les pères et les mères changeaient autant l’un que l’autre : le père n’est pas un spectateur de la crise. Et chez des couples sans enfant suivis en parallèle, la relation s’usait aussi avec les années, mais doucement, sans cette cassure.
La même étude montre que la baisse variait beaucoup d’un couple à l’autre, selon la personne, la relation et la grossesse elle-même. « Normal » veut donc dire fréquent, pas obligatoire, et pas définitif non plus.
Pourquoi l’arrivée d’un enfant bouscule le couple
Passer de deux à trois change la forme du lien. Virginia Satir, l’une des pionnières de la thérapie familiale, décrit le triangle familial ainsi : dans tout triangle, chacun peut avoir peur d’être laissé de côté. Elle va jusqu’à dire qu’il n’existe pas vraiment de relation à trois, seulement des relations à deux qui se déplacent, le troisième regardant. La mère peut craindre que son conjoint s’intéresse moins à elle, et le père craindre la même chose de son côté (Conjoint Family Therapy, chapitre VII « The Family Triangle »).
Satir distingue deux façons de vivre ce triangle. Quand le couple est sûr de son lien, chacun laisse l’enfant avoir une relation à part avec l’autre parent, sans se sentir menacé, et le couple garde un espace qui n’appartient qu’à lui. Quand le couple se sent déjà seul à deux, chacun risque de chercher chez l’enfant ce qui lui manque dans la relation. C’est une lecture clinique, pas une loi : elle aide à mettre des mots sur ce que l’on ressent, sans désigner de coupable.
Le chapitre que Susana Tereno et Fabienne Perdereau consacrent à l’attachement et aux approches systémiques va dans le même sens. Il insiste sur ce qu’elles appellent l’alliance de caregiving, autour des soins à l’enfant : prendre soin de l’enfant devient une responsabilité partagée, et chaque parent sait qu’il a un partenaire pour traverser les difficultés de tous les jours (Guédeney et Guédeney, L’attachement : approche clinique, 2010, chapitre 19).
Fatigue, tâches, temps à deux : ce qui change au quotidien
Le sommeil coupé use la patience des deux parents. On se parle moins, plus vite, souvent à propos du biberon, des couches ou du prochain rendez-vous chez le pédiatre, et le temps à deux se réduit à presque rien.
La répartition des tâches bascule elle aussi. Celui ou celle qui est en congé prend souvent la plus grande part, puis cette organisation reste en place à la reprise du travail sans que personne l’ait décidée. S’ajoute la charge de penser à tout : le vaccin, le linge, la crèche, les courses. Elle se voit peu, elle fatigue beaucoup, et elle devient vite un sujet de reproche.
La belle-famille prend aussi une place nouvelle. Les grands-parents donnent des conseils, viennent plus souvent, et chacun des deux parents peut se sentir tiraillé entre sa famille d’origine et celle qu’il est en train de fonder. Quand la répartition des tâches ou la place des proches devient un rapport de force, la page sur la lutte de pouvoir dans le couple aide à voir ce qui se joue.
Pourquoi on se dispute plus après bébé
La fatigue rend chaque remarque plus piquante. Une phrase banale, « tu as encore oublié les lingettes », tombe sur quelqu’un qui a dormi trois heures et se transforme en procès. Souvent, la même dispute revient sous des habits différents, avec un parent qui réclame et l’autre qui se ferme : ce cercle est décrit dans la page pourquoi on se dispute tout le temps en couple.
Derrière le reproche, il y a presque toujours un besoin qui n’arrive pas à se dire : être aidé, être reconnu dans ce qu’on fait, dormir, retrouver un peu de tendresse. Apprendre à passer de l’un à l’autre est le cœur de la communication non violente en couple.
Et le désir, la sexualité ?
La reprise de la vie sexuelle est souvent lente, et chacun a son rythme. La fatigue, un corps qui a changé, l’allaitement, la peur d’avoir mal ou simplement l’envie de dormir pèsent davantage que le manque d’amour.
Mieux vaut en parler sans reproche, en disant ce que l’on ressent plutôt qu’en comptant les semaines. En cas de douleur ou de gêne physique, la sage-femme ou le médecin sont les bons interlocuteurs ; la consultation postnatale, prévue entre 6 et 8 semaines après l’accouchement, est un bon moment pour l’aborder.
Baby blues, dépression du post-partum : quand s’inquiéter, pour la mère comme pour le père ?
Le baby blues est fréquent et passager. D’après l’Assurance maladie, il apparaît entre le 2e et le 5e jour après l’accouchement et disparaît en deux semaines. S’il est très marqué ou s’il dure au-delà, il faut consulter (ameli.fr).
La dépression du post-partum est autre chose. En France, l’enquête nationale périnatale de 2021 a trouvé des symptômes de dépression chez 16,7 % des femmes deux mois après l’accouchement dans l’Hexagone, et encore chez 11,9 % à un an ; 5,4 % avaient des idées suicidaires à deux mois (Santé publique France).
Les pères sont concernés aussi. Une méta-analyse de 43 études, soit plus de 28 000 participants, trouvait des signes de dépression chez environ 10 % des pères, entre le début de la grossesse et la première année de l’enfant. Le taux était plus élevé entre 3 et 6 mois après la naissance. Leur dépression était modérément liée à celle de la mère (Paulson et Bazemore, 2010). Une mise à jour sur 74 études arrive à 8,4 % (Cameron et al., 2016). L’Assurance maladie rappelle que le père ou la conjointe peut lui aussi présenter des symptômes dépressifs dans les mois qui suivent la naissance.
L’Assurance maladie cite plusieurs signes : une grande tristesse avec l’envie de se replier, un épuisement permanent, une irritabilité, une anxiété forte ou des crises de panique. S’y ajoutent la culpabilité de ne pas être un bon parent, du mal à créer un lien avec le bébé, des troubles du sommeil ou de l’appétit, et la perte d’intérêt pour ce qu’on aimait. Ces signes ne disent pas à eux seuls ce que vous avez : seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic.
Vers qui se tourner ? Le médecin traitant, la sage-femme, ou les professionnels du centre de PMI (protection maternelle et infantile) le plus proche. Un entretien postnatal précoce, avec une sage-femme ou un médecin, est proposé à toutes les mères entre la 4e et la 8e semaine après l’accouchement. Il sert notamment à repérer les premiers signes de dépression, et le couple peut en parler à ce moment-là (ameli.fr). En cas d’idées suicidaires, pour vous ou pour votre conjoint, le 3114 répond 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, gratuitement, dans toute la France.
Si la fatigue et les disputes laissent place à des coups, des menaces ou à la peur de l’autre, ce n’est plus une crise de couple ordinaire. Le 3919 (Violences Femmes Info) est gratuit, anonyme et ouvert jour et nuit ; en cas d’urgence, appelez le 17, ou envoyez un SMS gratuit au 114 si vous ne pouvez pas parler.
Que faire à deux, dès maintenant ?
- Dire ce que l’on vit plutôt que ce que l’autre ne fait pas. « Je suis à bout ce soir, j’ai besoin d’une heure de sommeil » passe mieux que « tu ne te lèves jamais ».
- Se répartir les nuits et les tâches par écrit, pour un essai. Une liste sur le frigo, valable deux semaines, puis on en reparle. Ce qui est écrit se discute plus calmement que ce qui est supposé.
- Garder un moment à deux, même court. Dix minutes sans parler d’organisation, un café, une promenade avec la poussette. Pour aller plus loin, un bilan de couple de 15 minutes chaque semaine aide à se dire ce qui a compté et ce qui a pesé.
- Accepter de l’aide. Un proche qui garde le bébé une heure, un repas apporté : ce n’est pas un aveu d’échec.
- Repérer ce qui vient de sa propre famille. Certaines réactions fortes viennent moins de l’autre que du modèle de parents que l’on porte en soi.
Faut-il suivre un programme pour jeunes parents ? Une méta-analyse de 142 publications sur des interventions commencées pendant la grossesse ou dans les six premiers mois trouve des effets petits sur la façon d’être parent, et très petits sur l’entente du couple (Pinquart et Teubert, 2010). Le chapitre de Tereno et Perdereau s’appuie sur les travaux de Cowan et Cowan pour suggérer une autre piste. Aider les parents à régler leurs difficultés de couple, pour qu’ils redeviennent l’un pour l’autre une base de sécurité, pourrait apporter davantage que de travailler seulement les façons d’élever l’enfant.
Ce que la naissance réveille de sa propre histoire
Devenir parent fait remonter la façon dont on a soi-même été élevé. Satir parle de la triade primaire, la mère, le père et l’enfant : c’est là que chacun apprend les règles de sa famille, ce qu’on peut attendre des autres, comment faire face au stress et à l’intimité. Ses auteurs invitent même à se demander quelles règles chacun des deux parents avait apprises chez lui, ce qu’il « faut » et ce qu’il « ne faut pas » faire (Satir, Banmen, Gerber et Gomori, The Satir Model, partie « The Primary Triad »).
Avec un bébé, ces règles se réveillent. L’un trouve normal que la mère s’occupe de tout, parce que c’était ainsi chez lui ; l’autre veut faire l’inverse de ce qu’il a vécu. Chacun croit défendre le bon sens, alors qu’il défend une histoire. En première séance de couple, quel que soit le motif, je pose presque toujours la question : « qu’est-ce que la situation que vous vivez vous rappelle ? ». Elle touche à l’image du couple que chacun porte en lui depuis son éducation.
Comment je travaille avec les couples
Des couples qui vont bien viennent aussi me voir, pour renforcer leur relation, éviter les pièges, ou dans le cadre d’une préparation au mariage ou d’un projet parental.
Avec tous les couples, le cadre est toujours le même : parler de soi et pas de l’autre, de ce que l’on vit et de la façon dont on le vit. Quand un reproche arrive, je demande : « Transformez ce reproche en besoin, s’il vous plaît. »
Parmi les sujets de bras de fer qui reviennent le plus souvent dans les couples que je reçois, il y a la répartition des rôles et des tâches, et l’intrusion de la belle-famille.
Un couple peut venir une fois au cabinet et faire la séance suivante en visio, selon ses contraintes. En visio, j’utilise uniquement Zoom, et aucune séance n’est enregistrée.
Une thérapie de couple avec un bébé : en pratique
Une séance de couple dure 1 h 20. Elle coûte 140 € au Cabinet du Faubourg, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris 12, et 120 € en visio sur Zoom. Je reçois du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, au cabinet ou en visio, et le jeudi de 18 h à 22 h 45, en visio uniquement.
Avec un nourrisson, la visio évite le trajet. Ce que les études disent de son efficacité est résumé dans la page la thérapie de couple en ligne est-elle efficace ? Si l’un des deux refuse de venir, voyez la thérapie de couple quand on vient seul, et pour savoir à quoi vous attendre, comment se passe la première séance.
Parler à deux devant un tiers qui ne prend parti pour personne peut aider à traverser cette période.
La thérapie de couple ne remplace pas un suivi médical. En cas de grande tristesse ou d’idées noires, parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme, ou appelez le 3114.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la crise de couple après bébé ?
Aucune étude ne donne de durée fiable. Dans l’étude de Doss, la baisse avait tendance à durer quand rien ne changeait, et elle variait beaucoup d’un couple à l’autre. Mieux vaut donc ne pas attendre que « ça passe » si la tension dure depuis des mois.
Le « baby clash », c’est quoi ?
C’est un mot de magazine pour désigner la crise du couple après une naissance. Les chercheurs parlent plutôt de transition vers la parentalité, et c’est sous ce nom que l’on trouve les études citées sur cette page.
Avec le deuxième enfant, c’est pareil ?
Les études les plus solides, dont celle de Doss, portent sur le premier enfant, et l’on dispose de moins de données sur les suivants. La logique reste la même : l’équilibre du couple se réorganise, avec plus de tâches et moins de temps à deux.
Faut-il se séparer quand ça va mal après une naissance ?
Au fond de l’épuisement, c’est souvent la fatigue qui décide à votre place. Avant de trancher, certains couples s’accordent un temps pour réfléchir : voyez faire une pause dans le couple, et les repères de quand consulter en thérapie de couple. La naissance compte d’ailleurs parmi les différentes crises que traverse un couple.
Peut-on faire une séance en visio avec le bébé à la maison ?
Oui. La visio évite le trajet ; prévoyez si possible un moment où vous pourrez parler sans être interrompus, par exemple pendant la sieste ou quand un proche garde l’enfant.
Sources
- Doss B. D., Rhoades G. K., Stanley S. M. et Markman H. J. (2009). The effect of the transition to parenthood on relationship quality: an 8-year prospective study. Journal of Personality and Social Psychology, 96(3), 601-619. doi.org/10.1037/a0013969
- Paulson J. F. et Bazemore S. D. (2010). Prenatal and postpartum depression in fathers and its association with maternal depression: a meta-analysis. JAMA, 303(19), 1961-1969. doi.org/10.1001/jama.2010.605
- Cameron E. E., Sedov I. D. et Tomfohr-Madsen L. M. (2016). Prevalence of paternal depression in pregnancy and the postpartum: an updated meta-analysis. Journal of Affective Disorders, 206, 189-203. doi.org/10.1016/j.jad.2016.07.044
- Pinquart M. et Teubert D. (2010). Effects of parenting education with expectant and new parents: a meta-analysis. Journal of Family Psychology, 24(3), 316-327. doi.org/10.1037/a0019691
- Santé publique France, santé mentale des femmes en période périnatale en France en 2021 (enquêtes ENP, ENP-DROM et Epifane, consulté le 02/11/2026).
- Assurance maladie, baby blues et dépression du post-partum et le retour à la maison après l’accouchement (consultés le 02/11/2026).
- 3114, numéro national de prévention du suicide ; Service-public.gouv.fr, violences conjugales (3919, 17, SMS au 114) (consultés le 02/11/2026).
- Satir V. Conjoint Family Therapy, chapitre VII « The Family Triangle ».
- Satir V., Banmen J., Gerber J. et Gomori M. The Satir Model: Family Therapy and Beyond, partie « The Primary Triad ».
- Tereno S. et Perdereau F., « Théorie de l’attachement et approches systémiques », dans Guédeney N. et Guédeney A. (2010). L’attachement : approche clinique. Du bébé à la personne âgée. Elsevier Masson, chapitre 19.
Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute, thérapeute de couple au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 2 novembre 2026.
Les séances ne remplacent pas un suivi ou un traitement médical. En cas de détresse importante ou d’idées noires, parlez-en à votre médecin ou appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert jour et nuit.