06 58 17 83 35 psy@wioland.com

Conjoint suiveur en expatriation : quand celui qui a suivi perd pied

Le conjoint qui a suivi l’autre à l’étranger perd souvent d’un coup ce qui le tenait : son travail, sa langue, ses amis, parfois l’argent qu’il gagnait lui-même. Une étude de 2025 auprès de 207 conjoints d’expatriés montre que le stress et l’isolement pèsent plus lourd que la différence de culture. Ce déséquilibre se vit à deux : il se travaille mieux quand on le nomme ensemble et, si la tristesse s’installe, avec un médecin sur place.

Pour l’ensemble de l’approche du couple au cabinet et à distance, voyez l’accompagnement des couples au cabinet de Paris 12 et en visio.

Conjoint suiveur en expatriation : l’essentiel

  • Partir pour le poste de l’autre, c’est souvent perdre en même temps son métier, son réseau, sa langue de tous les jours et son autonomie financière.
  • Une étude de 2025 auprès de 207 conjoints d’expatriés trouve que le stress perçu, puis l’isolement, sont ce qui pèse le plus sur leur bien-être. La distance culturelle compte peu.
  • Une tristesse qui dure plus de deux semaines, le sommeil qui se dérègle, des idées noires : c’est le moment de voir un médecin sur place.
  • À deux, le premier pas est de reconnaître que le départ n’a pas coûté la même chose à chacun.
  • Une thérapie de couple pour expatriés francophones peut se faire en visio, en français, depuis le pays où vous vivez.

Qu’appelle-t-on un conjoint suiveur ?

Le conjoint suiveur est celui ou celle qui part vivre à l’étranger parce que l’autre y a obtenu un poste, une mutation ou une mission. On dit aussi conjoint accompagnateur. Dans la recherche et dans les entreprises, le terme anglais est trailing spouse ; les séances, elles, se font en français.

Ce n’est pas toujours une femme, même si c’est encore le cas le plus fréquent dans les études. Le départ a pu être voulu à deux ; ce qui définit la situation, c’est que sa raison appartient à l’autre.

Ce que le départ retire au conjoint qui a suivi

Le jour de l’arrivée, celui qui travaille a déjà un bureau et des collègues. Celui qui a suivi a un appartement à remplir.

  • Le travail et ce qu’il donnait. Un titre, des journées remplies, la réponse simple à la question « et vous, vous faites quoi ? ».
  • La langue. Ouvrir un compte, appeler un plombier, parler à l’école : chaque démarche devient une épreuve.
  • Le réseau. Les amis, la famille, ceux qu’on appelait sans y penser.
  • L’argent à soi. Dépendre du salaire de l’autre, même dans un couple qui partage tout, change la façon de demander et de décider.

Margaret Shaffer et David Harrison ont appelé ces conjoints les « partenaires oubliés » de l’expatriation. Après des entretiens avec des conjoints d’expatriés, ils ont interrogé 221 couples installés dans 37 pays. Ils concluent que l’adaptation du conjoint est liée à ce qui soutenait son identité, à la fois en lui-même, dans ses relations et dans son environnement (Shaffer et Harrison, 2001). Partir touche les trois à la fois.

Ce que dit la recherche : le stress et l’isolement pèsent plus que la culture

Une équipe de l’université de Bâle a interrogé en ligne 207 partenaires d’expatriés qui déménagent tous les deux à six ans pour la carrière de l’autre. Elle a comparé le poids de quatre difficultés sur leur bien-être : le stress perçu, l’isolement, le manque de soutien social et la distance entre leur culture et celle du pays d’accueil (Aegerter et al., 2025).

Le stress perçu arrive nettement en tête, l’isolement vient ensuite. Le soutien social agit surtout en lien avec les deux autres. La distance culturelle ne pèse que très peu. L’âge, le genre, la durée sur place et le nombre de déménagements ne changent pas ce résultat.

Il faut lire ces chiffres avec leurs limites. Les réponses ont été recueillies à un seul moment, ce qui montre des liens sans prouver de causes. Neuf personnes sur dix étaient des femmes, toutes avaient au moins un enfant de 7 à 17 ans, et la grande majorité était d’origine occidentale. Le message reste utile : ce qui use, c’est moins l’étrangeté du pays que la tension du quotidien et la solitude.

Une lecture en Gestalt : l’identité tient aussi à ce qui nous entoure

La Gestalt-thérapie ne regarde pas une personne coupée de son milieu. Ansel Woldt et Sarah Toman ont dirigé un ouvrage collectif de référence. Son chapitre sur la théorie du champ décrit le sentiment de soi comme construit avec l’environnement : l’identité se forme et se maintient dans tout ce champ de relations (Gestalt Therapy: History, Theory, and Practice, 2005). Quand on change de pays, on ne perd pas seulement un décor. On perd une partie de ce qui soutenait le « je ».

Le même livre reprend la définition du choc culturel donnée par Pedersen : une anxiété qui vient de ne plus savoir quand ni comment bien faire. Le conjoint qui a suivi peut la vivre seul, en journée, pendant que l’autre la traverse entouré de collègues.

Laura Perls insistait sur le lien entre le soutien que l’on se donne et celui que l’on reçoit de son entourage. Plus on peut faire confiance à ce qui nous entoure, plus on se sent solide à l’intérieur, et l’inverse est vrai aussi (Woldt et Toman, chapitre sur les grandes lignes théoriques de la Gestalt). L’expatriation retire d’un coup une grande part du soutien extérieur. Gordon Wheeler et Lena Axelsson notent que, dans nos cultures individualistes, on pense d’abord aux appuis à trouver en soi, avec des phrases comme « je n’ai qu’à faire plus d’efforts », souvent teintées de honte. Les nouveaux appuis tiennent pourtant mieux quand ils viennent à la fois de soi et de l’entourage (Gestalt Therapy, 2015).

Perls, Hefferline et Goodman appelaient ajustement créateur la façon dont chacun trouve une réponse neuve à une situation neuve (Gestalt Therapy, 1951). S’adapter n’est pas se conformer : la page sur l’ajustement créateur en Gestalt développe cette idée.

Pourquoi le couple vacille

L’un trouve sa place au travail, l’autre attend son retour pour exister un peu. Le soir, celui qui rentre a besoin de calme, celui qui attendait a besoin de parler. Chacun se sent incompris, et chacun a raison de son côté.

Une dette s’installe souvent sans être dite. D’un côté « je t’ai suivi », de l’autre « je travaille pour nous deux ». Tant qu’elle reste muette, elle ressort dans les disputes sur tout autre chose, et ces disputes répétées ont leur propre mécanisme, décrit dans la page sur les couples qui se disputent tout le temps.

L’argent pèse aussi. Quand un seul salaire fait vivre le foyer, celui qui ne gagne plus peut se sentir obligé de justifier chaque dépense, et l’autre peut se croire en droit de trancher seul. Richard Schwartz, thérapeute familial, rappelle qu’un déséquilibre peut être nécessaire pour un temps, par exemple quand l’un reprend des études et que l’autre fait vivre la famille, à condition que l’autre ait ensuite son tour (Internal Family Systems Therapy). Sans cette perspective, le déséquilibre se fige et peut tourner à la lutte de pouvoir dans le couple.

Enfin, le couple devient souvent le seul lien social de celui qui a suivi. On demande alors à l’autre d’être à la fois conjoint, ami, famille et collègue, et aucune relation ne tient ce poids longtemps. Et si la décision de partir a été prise vite, ou surtout par un seul, le poids est plus lourd encore.

Tristesse, épuisement, dépression : quand s’inquiéter ?

Avoir le cafard les premiers mois, regretter sa vie d’avant, pleurer après un appel à la famille : cela fait souvent partie d’un départ à l’étranger, sans être une maladie.

D’autres signes demandent un avis médical. L’Assurance maladie décrit notamment une tristesse constante, une perte d’intérêt et de plaisir pour ce qu’on aimait, des troubles du sommeil, une fatigue anormale, une dévalorisation de soi et une vision très sombre de l’avenir, parfois avec des idées de mort. On parle de dépression quand au moins cinq de ces signes sont là presque chaque jour depuis au moins deux semaines, et seul un médecin peut le dire (ameli.fr).

Dans ce cas, consultez un médecin là où vous vivez, ou votre médecin traitant lors d’un passage en France. En cas d’urgence dans l’Union européenne, appelez le 112, gratuit et ouvert jour et nuit (info.gouv.fr). Hors de l’Union européenne, contactez les secours locaux. Si des idées de suicide vous traversent, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement à toute heure, joignable depuis la France (3114.fr).

Que faire à deux ?

  • Reconnaître que le prix n’a pas été le même. Le dire simplement, sans compter les points : « pour toi, ce départ a coûté plus cher que pour moi ».
  • Parler de soi plutôt que de l’autre. « Je me sens seul l’après-midi » s’entend mieux que « tu n’es jamais là ». Pour passer du reproche au besoin, voyez la communication non violente en couple.
  • Laisser à celui qui a suivi un projet à lui. Une formation, un travail, une activité qui compte, à son rythme, sans en faire une consigne de plus.
  • Recréer des appuis hors du couple. L’étude de 2025 désigne l’isolement, et le soutien social qui agit avec lui, comme décisifs : des amis sur place, des liens gardés avec la France, un groupe qui partage la même situation.
  • Fixer une date pour refaire le point. Décider ensemble quand on reparlera du projet d’expatriation évite que la question revienne à chaque crise.

Pour les démarches liées au départ, comme le chômage après une démission pour suivre son conjoint, renseignez-vous auprès des sources officielles : service-public.gouv.fr et France Travail.

Consulter seul d’abord, ou à deux ?

Les deux sont possibles. À deux, en visio, chacun peut être dans la même pièce ou se connecter de son côté, depuis deux lieux différents. Si l’un rentre en France quelque temps sans l’autre, la page sur la thérapie de couple à distance décrit ce qui change.

Celui qui a suivi peut aussi vouloir d’abord un espace à lui, en Gestalt-thérapie ou en hypnose, en visio et en français. Les règles d’exercice ne sont pas les mêmes partout, et certaines séances individuelles ne sont pas proposées dans tous les pays : la page sur la thérapie individuelle en visio précise le cadre. Si votre conjoint ne voit pas le problème ou refuse de venir, voyez la thérapie de couple quand on vient seul.

Comment je travaille en visio avec un couple

Ce qui suit vaut pour tous les couples que je reçois en visio, qu’ils vivent à l’étranger ou non.

Chacun peut se connecter de son côté : nous faisons alors la séance à trois écrans. Par rapport au cabinet, cela ne change rien, du moment que chacun puisse s’exprimer sans se couper la parole, et c’est moi qui suis garant du cadre. Je demande seulement, idéalement, un lieu calme où chacun peut être totalement disponible à la séance.

J’utilise uniquement Zoom, pour des raisons de sécurité et de confidentialité. Aucune séance n’est enregistrée, et je consulte seul, dans une pièce fermée. Un couple qui passe par Paris peut venir une fois au cabinet et faire la séance suivante en visio, selon ses contraintes. Depuis dix ans que je reçois en cabinet et en visio, je constate que la visio fonctionne très bien.

Le cadre reste le même : parler de soi et pas de l’autre, de ce que l’on vit et de la façon dont on le vit. Parmi les sujets de bras de fer que je rencontre le plus souvent chez les couples, il y a l’argent, la répartition des rôles et des tâches, l’intrusion de la belle-famille, l’histoire culturelle et religieuse. Quand l’un des deux vient d’abord seul en thérapie de couple, je propose très souvent au partenaire absent une séance seul, pour rééquilibrer.

En pratique, depuis l’étranger

Une séance de couple dure 1 h 20 et coûte 120 € en visio, sur Zoom. Les horaires sont donnés en heure de Paris : du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, et le jeudi de 18 h à 22 h 45. Selon votre fuseau, une partie de ces créneaux tombe le matin, le soir ou en pleine nuit : choisissez celui où vous serez reposés tous les deux.

Les séances sont données depuis la France, en français. Il s’agit d’un accompagnement du couple : la communication, les crises, les décisions, la vie à l’étranger. Il ne remplace pas un suivi médical, et les règles qui encadrent ce type d’accompagnement varient selon les pays. Pour la question de l’efficacité, voyez ce que disent les études sur la thérapie de couple en ligne, et pour le cadre général, la page thérapie de couple en visio pour expatriés.

Ce que le départ a coûté à chacun se dit souvent mieux devant un tiers, en français, sans avoir à rentrer pour cela.

Réserver votre séance

Questions fréquentes

Le conjoint suiveur, c’est forcément une femme ?

Non. Les femmes sont les plus nombreuses dans les études publiées, mais des hommes suivent aussi leur conjointe ou leur conjoint. Dans l’étude de 2025, le genre ne changeait pas les résultats, même si les hommes y étaient peu nombreux.

Faut-il rentrer en France quand ça va mal ?

Mieux vaut ne pas décider au milieu d’une crise. Prenez d’abord soin de vous, avec un médecin si la tristesse dure, puis reparlez du projet à deux, à une date fixée ensemble. Un retour se prépare lui aussi, à deux.

Peut-on travailler dans le pays d’accueil ?

Cela dépend du pays et de votre visa. Les règles changent d’un pays à l’autre : renseignez-vous auprès des autorités du pays d’accueil et du consulat, avant de bâtir un projet dessus.

Mon conjoint ne voit pas le problème, que faire ?

Vous pouvez commencer seul, pour mettre des mots sur ce que vous vivez et sur ce que vous attendez du couple. La page sur la thérapie de couple en venant seul explique comment cela se passe.

Une thérapie de couple en visio depuis l’étranger, est-ce efficace ?

Des études ont comparé la visio et le cabinet ; elles sont présentées, avec leurs limites, dans la page la thérapie de couple en ligne est-elle efficace ?

Sources

  • Shaffer M. A. et Harrison D. A. (2001). Forgotten partners of international assignments: development and test of a model of spouse adjustment. Journal of Applied Psychology, 86(2), 238-254. doi.org/10.1037/0021-9010.86.2.238
  • Aegerter K. H., Meyer A. H., Gaab J. et Ooi Y. P. (2025). Expatriation stressors and the well-being of accompanying partners: a commonality analysis approach. Frontiers in Psychology, 16, 1607178. doi.org/10.3389/fpsyg.2025.1607178
  • Woldt A. L. et Toman S. M. (dir.) (2005). Gestalt Therapy: History, Theory, and Practice. Sage (chapitres sur la théorie du champ, sur les lignes théoriques de la Gestalt et sur la communication interculturelle).
  • Wheeler G. et Axelsson L. (2015). Gestalt Therapy. American Psychological Association.
  • Perls F., Hefferline R. et Goodman P. (1951). Gestalt Therapy: Excitement and Growth in the Human Personality.
  • Schwartz R. C. Internal Family Systems Therapy. Guilford Press (chapitre 6).
  • Assurance maladie, dépression : symptômes, diagnostic et évolution (consulté le 2 novembre 2026).
  • info.gouv.fr, le 112, le numéro d’urgence européen ; 3114.fr (consultés le 2 novembre 2026).

Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute, thérapeute de couple au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 2 novembre 2026.

Réserver votre séance

Cet accompagnement ne remplace pas un suivi médical. En cas de détresse, consultez un médecin sur place ou appelez les secours locaux (le 112 dans l’Union européenne). Si vous êtes en France, le 3114 vous écoute jour et nuit, sans frais.

📅 Réserver votre séance
G★★★★★4,9 sur Google · 66 avis