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Hypnose : ce que dit vraiment le rapport de l’Inserm

En 2015, l’Inserm a conclu que l’hypnose a un intérêt thérapeutique « potentiel », surtout pendant les anesthésies et dans le syndrome de l’intestin irritable, et que les preuves manquent pour les autres usages évalués, dont l’arrêt du tabac. Le même rapport juge sa sécurité rassurante, mais met en garde contre les dérives et contre le risque de retarder un traitement nécessaire.

Cette page suit le rapport du début à la fin : comment il a été fait, ce qu’il montre, ce qu’il ne peut pas montrer, et ce que cela change si vous pensez consulter. Pour l’hypnose au cabinet en général, voyez la page hypnose thérapeutique à Paris 12 et en visio.

Le rapport de l’Inserm sur l’hypnose : l’essentiel

Le rapport date de juin 2015. Une équipe de l’Inserm dirigée par Bruno Falissard l’a remis à la Direction générale de la santé.

Pendant une chirurgie ou un examen comme une biopsie, l’hypnose permet de donner moins d’antalgiques ou de sédatifs. Pour le côlon irritable, un bénéfice est suggéré, sans être démontré de façon convaincante.

Pour la douleur de l’accouchement ou l’arrêt du tabac, le rapport juge les données insuffisantes, voire décevantes. Pour la schizophrénie ou les soins dentaires, il ne peut pas conclure.

Aucun effet indésirable grave n’a été rapporté. Le risque relevé touche surtout à l’éthique, avec la manipulation, les faux souvenirs et le soin médical retardé.

Pour vous, l’hypnose se pense comme un complément, jamais comme un remplacement d’un suivi médical.

Qu’est-ce que ce rapport, et comment a-t-il été fait ?

Le document s’intitule Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. Ses auteurs sont Juliette Gueguen, Caroline Barry, Christine Hassler et Bruno Falissard, avec la relecture critique de deux experts, Arnaud Fauconnier et Élisabeth Fournier-Charrière. Il est daté de juin 2015 ; l’Inserm l’a présenté à la presse le 8 septembre 2015. Le texte complet (PDF, plus de 200 pages) est en accès libre.

Le point de départ est vertigineux : plus de 300 essais randomisés et plus de 80 revues de la littérature sur l’hypnose sont recensés dans la grande base médicale Medline. Les auteurs ont donc fait un tri sévère. Ils ont retenu 6 revues Cochrane, ces synthèses internationales qui font référence en médecine. Pour les autres usages, ils ont pris les essais randomisés d’au moins 100 personnes publiés entre 2000 et juin 2014. Dans un essai randomisé, les participants sont répartis au hasard entre l’hypnose et un groupe de comparaison. Au final : 6 revues Cochrane et 16 essais.

Ce tri a un prix. Les petites études sortent du champ, et avec elles certaines maladies rares, pour lesquelles un essai de 100 personnes est presque impossible. Les auteurs ont sollicité des écoles et des responsables de diplômes universitaires ; presque aucun document reçu ne remplissait les critères, ce qui, écrivent-ils, « ne préjuge en rien » de leur qualité.

Les usages étudiés se rangent en cinq familles : santé des femmes, troubles digestifs, chirurgie et examens médicaux, psychiatrie et addictions, soins dentaires. L’anxiété en général, les phobies, le sommeil ou le poids n’ont pas été évalués : le rapport ne dit rien sur eux, ni pour ni contre.

Pour quoi le rapport voit-il un intérêt potentiel ?

Pendant une opération ou un examen

C’est le résultat le plus net. Six essais ont été menés pendant des chirurgies ou des actes de radiologie et de médecine interventionnelle, comme une biopsie du sein. Ils vont tous dans le même sens : avec l’hypnose, les équipes ont eu besoin de moins d’antalgiques ou de sédatifs pendant l’intervention. Le rapport juge ces essais concordants sur ce point, tout en les disant « de qualité variable », certains avec d’importantes limites. Sur les autres critères mesurés, comme la durée de l’intervention, les résultats sont moins concordants.

Le syndrome de l’intestin irritable

Une revue Cochrane et deux essais suggèrent un bénéfice de l’hypnothérapie sur ce trouble digestif. Le rapport précise que ce bénéfice n’a pas pu être démontré « de manière convaincante », à cause des petits effectifs et des limites des essais.

D’où la phrase de conclusion du résumé, souvent citée : il existe assez d’éléments pour affirmer que l’hypnose a un intérêt thérapeutique potentiel, en particulier pour l’anesthésie pendant une opération et pour le côlon irritable. Le mot « potentiel » compte : il ne veut pas dire « démontré ».

Où les preuves manquent-elles ?

Pour tous les autres usages évalués, le rapport écrit que les données « ne permettent pas de conclure » : résultats contradictoires, trop peu d’études, ou méthodes trop fragiles. Son résumé va plus loin pour l’arrêt du tabac et la douleur de l’accouchement, où il juge les données insuffisantes, voire décevantes.

Usage évalué Ce que conclut le rapport Sa limite
Douleur de l’accouchement Pas de preuve d’efficacité à ce jour Dans un grand essai danois de bonne qualité, l’autohypnose prénatale n’a pas réduit le recours à la péridurale, mais les femmes ont rapporté une meilleure expérience de l’accouchement six semaines après
Dépression après l’accouchement Aucune donnée d’essai randomisé montrant un effet préventif La question reste ouverte faute d’études
Arrêt du tabac Pas assez de données pour conclure à l’efficacité ou à l’inefficacité Les séances évaluées sont très différentes d’une étude à l’autre
Schizophrénie Données très limitées, aucune conclusion possible Une seule revue Cochrane, peu de données
Stress post-traumatique Un bénéfice dans un seul essai, chez 226 enfants à Bali Un essai unique, aux limites méthodologiques : pas de conclusion générale
Soins dentaires Données insuffisantes chez l’enfant ; chez l’adulte anxieux, pas de bénéfice face aux autres traitements Petits effectifs chez l’enfant, d’importantes limites dans l’essai chez l’adulte

Le tabac montre bien ce que veut dire « pas de preuve ». La revue Cochrane réunit 18 essais sans pouvoir conclure. Un essai de 223 personnes n’a pas trouvé l’hypnose en groupe supérieure à la relaxation en groupe ; un autre, de 122 personnes, montre une tendance favorable à une séance individuelle d’hypnose face aux substituts nicotiniques. Le rapport constate donc un manque de données, et il le précise lui-même : on ne peut conclure ni à l’efficacité ni à l’inefficacité. Le détail, avec les travaux publiés depuis, se trouve sur la page l’hypnose pour arrêter de fumer : ce que disent les études.

Pourquoi l’hypnose est-elle si difficile à évaluer ?

Une bonne partie du rapport explique pourquoi les chiffres peinent à saisir l’hypnose. Quatre difficultés reviennent.

Ce que l’on mesure

Les essais mesurent souvent l’intensité de la douleur ou la dose de médicament. Or, d’après des études qualitatives citées dans le résumé, l’hypnose réduirait surtout l’impact émotionnel de la douleur, plus que son intensité. L’accouchement en donne un exemple. Les essais cherchaient un effet contre la douleur, quand les femmes, elles, décrivaient une meilleure expérience et un rôle plus actif. Sans études qualitatives en amont, préviennent les auteurs, un résultat négatif laissera toujours planer le doute que le « véritable » intérêt de l’hypnose a été manqué.

Une séance standard ou une séance sur mesure

Pour qu’un essai soit reproductible, on écrit souvent la séance à l’avance, avec un script identique pour tous. Le rapport pose la question franchement : à quoi sert d’évaluer une séance qui n’est pas celle pratiquée « en vie réelle » ? Les essais dits pragmatiques, qui évaluent une prise en charge personnalisée, lui semblent plus pertinents, même s’ils décrivent moins précisément ce qui a été fait.

L’aveugle et le groupe de comparaison

Pour un médicament, on compare à une gélule vide, et ni le patient ni le médecin ne savent qui reçoit quoi. En hypnose, le praticien sait forcément ce qu’il fait, et le patient le devine souvent. Il est aussi difficile d’imaginer une « fausse hypnose » qui ne produise aucun effet. Le rapport ajoute une limite rarement dite : les essais n’incluent que des personnes qui acceptent l’idée d’être traitées par hypnose, et leurs résultats ne valent que pour elles.

Ce que l’hypnose est, ou n’est pas

Un aide-mémoire d’hypnose paru chez Dunod (Célestin-Lhopiteau et Bioy, 2014) rappelle une idée du chercheur David Spiegel : l’état hypnotique facilite des processus, sans avoir d’« action propre ». C’est une des raisons pour lesquelles on ne peut pas l’évaluer comme un médicament. Quant au cerveau, l’imagerie a permis de constater des changements de son fonctionnement pendant la transe, sans encore expliquer complètement le phénomène, selon le rapport. Pour le déroulé concret d’une séance, voyez les mythes et la réalité de l’hypnose.

L’hypnose est-elle dangereuse ?

Le rapport est rassurant, et prudent. Aucun effet indésirable grave attribuable à l’hypnose n’a été rapporté. Mais les revues Cochrane réunissent environ 2 500 patients au total : on ne peut donc pas exclure de tels effets, seulement dire que, s’ils existent, ils sont rares. Sur les 16 essais, 9 ont recueilli les effets indésirables, et 4 ceux directement liés à l’hypnose : aucun n’en a relevé.

Les hypnothérapeutes eux-mêmes signalent des effets rares : maux de tête, somnolence, vertiges, anxiété, création de faux souvenirs.

Les faux souvenirs et la manipulation

Pour l’Inserm, l’enjeu principal est « éthico-juridique » : risque de manipulation psychologique et de faux souvenirs. Le rapport cite un mémoire universitaire qui recense 16 décisions de justice impliquant l’hypnose, dont 6 affaires d’agression sexuelle commises par des personnes ayant mis leur victime en état d’hypnose. Les auteurs du Grand livre du trauma complexe, Amaury Mengin et Julie Rolling, rappellent de leur côté que la mémoire est malléable. Selon eux, des méthodes suggestives, dont l’hypnose, ont pu faire naître des souvenirs faux, vécus comme vrais.

Les contre-indications citées

Le rapport reprend le Traité d’hypnothérapie (Bioy et Michaux, 2007) : sans contre-indication formelle, l’hypnothérapie paraît « particulièrement peu adaptée » dans les troubles psychotiques aigus, les bouffées délirantes et la paranoïa. La page sur l’hypnose ericksonienne et l’hypnose humaniste revient sur ces précautions côté praticien.

Le risque de retarder un soin

C’est le risque le plus concret pour vous. Le rapport rappelle que tout recours alternatif à une pratique non conventionnelle peut retarder ou entraver l’accès à des soins classiques qui seraient nécessaires. Une douleur qui change, une perte de poids inexpliquée, un moral très bas demandent d’abord un médecin.

Qui peut pratiquer l’hypnose en France ?

Le rapport le dit sans détour : le statut d’hypnothérapeute n’est pas réglementé, et il regroupe des praticiens aux qualifications très différentes. Le communiqué de l’Inserm précise que le terme n’est pas protégé. Les formations sont universitaires (une douzaine, non reconnues par l’Ordre des médecins), associatives ou privées ; certaines sont réservées aux soignants, d’autres ouvertes à tous. Le résumé ajoute qu’une réglementation des pratiques serait souhaitable.

Le rapport estime aussi que le risque éthique est très limité quand des professionnels de santé, déjà formés par ailleurs, utilisent l’hypnose en complément. Il rappelle qu’en France, des non-soignants la proposent aussi.

Quatre textes signés sont joints au rapport. Ce sont des avis personnels, distincts des conclusions des auteurs.

  • Le Pr Arnaud Fauconnier, chef d’un service de gynécologie et d’obstétrique et l’un des deux experts relecteurs, juge les études retenues de très bonne qualité. Il souligne aussi des séances très différentes d’un essai à l’autre. Dans certains essais, l’hypnose n’a pas fait mieux qu’une attention structurée et bienveillante ; dans d’autres, elle a montré un effet propre.
  • Élisabeth Fournier-Charrière, pédiatre spécialiste de la douleur et l’autre experte relectrice, juge le résultat « relativement décevant » et note un écart, souvent notable, entre les indications revendiquées et les preuves. Elle reconnaît aussi que les études montrent l’efficacité de l’hypnose dans certains cas, surtout contre la douleur et l’angoisse pendant un geste chirurgical court ou un examen de radiologie interventionnelle, ainsi que sur les symptômes de l’intestin irritable.
  • Le Dr Jean-Marc Benhaiem, directeur du diplôme universitaire d’hypnose de Paris VI, signe un droit de réponse. Il souligne la difficulté d’évaluer une pratique qui dépend du thérapeute et du patient, et salue des conclusions « fort utiles pour les soignants ».
  • Le Dr Claude Virot, psychiatre et alors président de la Société internationale d’hypnose, estime dans son commentaire qu’il faut réserver l’hypnose thérapeutique aux professionnels de santé et aux psychologues cliniciens.

Le titre de psychothérapeute, lui, est protégé en France ; la page sur la différence entre psychologue, psychothérapeute et psychopraticien l’explique. Quel que soit le praticien, quelques questions simples aident à y voir clair :

  • Où vous êtes-vous formé, et pendant combien de temps ?
  • Êtes-vous supervisé, et membre d’une fédération qui a un code de déontologie ?
  • Que faites-vous si vous repérez un problème médical ?
  • Pouvez-vous me promettre un résultat ? Un praticien sérieux répond non.

Et depuis 2015 ?

Le rapport s’arrête aux études publiées avant juin 2014. D’autres synthèses sont parues depuis, notamment sur des usages qu’il n’avait pas évalués. Elles sont lues et résumées, avec leurs limites, sur deux pages du site : ce que montrent les études sur l’hypnose et l’anxiété et l’hypnose peut-elle aider à mieux dormir ?.

Comment je travaille cela en séance

Je suis diplômé de l’Institut Français d’Hypnose Ericksonienne et Humaniste (IFHE) depuis 2014. Je pratique l’hypnose depuis cette date, avec plus de 2 000 séances à ce jour. Je suis membre de la FF2P et en supervision, avec plus de 250 heures de supervision cumulées.

En première séance, nous discutons et la personne me partage plus largement sa problématique. Ma posture est d’expliquer ce que nous allons faire, afin qu’elle soit vraiment en confiance et actrice de son engagement.

J’adapte les métaphores aux préférences de la personne, pour qu’elle puisse s’en emparer et devenir actrice de son changement. Très souvent, je lui apprends à devenir autonome, avec l’hypnose comme outil.

Idéalement, je propose une séance tous les 15 à 20 jours : c’est ma façon de travailler. Une séance dure 80 minutes et coûte 100 €, au cabinet ou en visio.

Ce travail vers l’autonomie est décrit dans comment apprendre l’autohypnose.

Le nombre de séances et leur rythme sont détaillés sur la page combien de séances d’hypnose prévoir.

Questions fréquentes sur l’hypnose et le rapport de l’Inserm

L’hypnose marche-t-elle sur tout le monde ?

Le rapport ne répond pas à cette question. Il note seulement que les essais n’incluent que des personnes prêtes à essayer l’hypnose. Des études sur le sommeil ont montré qu’une même suggestion pouvait avoir un effet chez les personnes très sensibles à l’hypnose et l’effet inverse chez les autres : elles sont présentées sur la page hypnose et sommeil.

Le rapport de l’Inserm est-il toujours valable ?

Il s’arrête aux études publiées avant juin 2014. Ses conclusions valent pour ces études et pour les usages qu’il a évalués : les travaux plus récents le complètent.

L’Inserm recommande-t-il l’hypnose ?

Non. Le document évalue des études et ne donne aucune consigne de soin. Il conclut à un intérêt potentiel pour deux usages et souhaite une réglementation des pratiques.

Quelle différence avec le rapport de l’Inserm de 2004 ?

En 2004, l’Inserm a publié une autre expertise, sur les psychothérapies : elle comparait les approches psychanalytique, cognitivo-comportementale, familiale et de couple, et ne portait pas sur l’hypnose. Elle est présentée sur la page Gestalt, TCC ou psychanalyse : les différences.

Que dit le rapport sur l’EMDR ?

D’après deux revues Cochrane, il conclut que l’EMDR est efficace dans le stress post-traumatique de l’adulte, et que les données manquent pour conclure chez l’enfant et l’adolescent. Au cabinet, elle se pratique en présentiel uniquement : voyez la page EMDR à Paris 12.

Sources

  • Gueguen J., Barry C., Hassler C., Falissard B. (2015). Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, avec l’expertise critique d’A. Fauconnier et É. Fournier-Charrière. Inserm, juin 2015. inserm.fr (PDF)
  • Inserm, salle de presse (2015). Comment évaluer l’efficacité de l’hypnose ?, communiqué du 8 septembre 2015. presse.inserm.fr
  • Célestin-Lhopiteau I., Bioy A. (coord.) (2014). L’aide-mémoire d’hypnoanalgésie et d’hypnosédation en 43 notions. Dunod, Paris (notion sur l’autonomie du patient).
  • Mengin A., Rolling J. Le grand livre du trauma complexe, de l’enfant à l’adulte (chapitre sur les faux souvenirs).

Pour découvrir l’hypnose au cabinet dans son ensemble, revenez à la page l’hypnose thérapeutique au Cabinet du Faubourg. Le cadre déontologique de la FF2P est présenté dans la charte de déontologie.

Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 2 novembre 2026.

Si vous envisagez l’hypnose en complément d’un suivi médical, une première séance permet de poser votre demande, de comprendre ce que l’on peut en attendre et ce que personne ne peut promettre. Séance de 80 minutes, 100 €, au Cabinet du Faubourg ou en visio sur Zoom.

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L’hypnose ne remplace pas un suivi ou un traitement médical. Si vos symptômes durent ou s’aggravent, consultez votre médecin ; en cas d’idées noires, appelez le 3114.

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