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Lutte de pouvoir dans le couple : quand chacun veut avoir raison

Une lutte de pouvoir commence quand la question n’est plus « qu’est-ce qui est bon pour nous ? » mais « qui va gagner ? ». Elle se joue souvent sur l’argent, les tâches, la belle-famille ou les décisions, et elle protège chez chacun un besoin : être reconnu, se sentir en sécurité, garder sa liberté. Elle se distingue de l’emprise, où un seul partenaire contrôle l’autre : là, ce n’est plus une lutte, et il faut d’abord se protéger.

Pour l’ensemble de mon approche du couple, voyez la page sur la thérapie de couple à Paris 12 et en visio.

La lutte de pouvoir : l’essentiel

  • On reconnaît une lutte de pouvoir quand chacun compte les points et que le dernier mot compte plus que le sujet.
  • Elle se cache souvent dans l’argent, la répartition des tâches, la place de la belle-famille ou les choix d’éducation.
  • Celui qui crie n’est pas toujours celui qui a le pouvoir : l’oubli, le « oui, plus tard » ou le silence sont aussi des armes.
  • Dans une lutte, chacun peut dire non. Dans l’emprise, dire non coûte cher et l’un a peur de l’autre : appelez le 3919, ou le 17 en cas de danger.
  • On en sort en revenant à ce que l’on veut ensemble, et au besoin que chacun défend.

Comment reconnaître une lutte de pouvoir ?

Tous les couples ont des désaccords. Ce qui change, dans une lutte de pouvoir, c’est l’enjeu de la discussion. On ne cherche plus la meilleure solution, on cherche à ne pas perdre. Quelques signes reviennent souvent :

  • on se souvient de qui a cédé la dernière fois, et l’on attend son tour ;
  • on ne lâche pas le dernier mot, même sur un détail ;
  • on décide seul « pour gagner du temps », puis on met l’autre devant le fait accompli ;
  • on cède pour avoir la paix, puis on le fait payer plus tard, par une remarque ou par une froideur ;
  • on se sent humilié quand l’autre a raison.

Le médecin Alexander Lowen, fondateur de l’analyse bioénergétique, l’a décrit à propos des familles : dans ces disputes, on ne se demande presque plus ce qui est juste, mais qui va l’emporter. Il ajoute que celui qui plie garde souvent une rancune profonde (Narcissism: Denial of the True Self, 1983, chap. 4 « Power and Control »). Une victoire dans un couple n’en est donc presque jamais une : le perdant attend la revanche.

Où se cache la lutte : argent, tâches, belle-famille, culture

Dans les couples que je reçois, les bras de fer portent le plus souvent sur l’argent, la répartition des rôles et des tâches, l’intrusion de la belle-famille, et l’histoire culturelle et religieuse de chacun.

L’argent

Celui qui gagne plus peut se sentir en droit de décider. Celui qui gagne moins peut tenir les comptes, ou freiner chaque dépense. Lowen raconte la dispute de ses propres parents : la mère réclamait plus d’argent, le père tenait la bourse et la donnait au compte-gouttes, et chacun, à sa façon, refusait à l’autre ce qu’il attendait. Chacun humiliait l’autre sur son terrain, et la guerre a duré des années (Narcissism: Denial of the True Self, chap. 4). Après un départ à l’étranger, quand un seul salaire fait vivre le foyer, la question se pose autrement : voyez la dépendance financière du conjoint qui a suivi.

Les tâches et les rôles

« Je fais tout ici » contre « tu ne me laisses rien faire à ma façon » : derrière la vaisselle et les courses, la question est souvent de savoir qui définit comment on vit. La part invisible du travail domestique, celle qui consiste à penser à tout, pèse aussi dans la balance. Une naissance rebat souvent les cartes de la répartition des tâches : voyez ce qui change dans le couple après une naissance.

La belle-famille et les enfants

La famille d’origine peut devenir un allié dans la lutte : « ma mère pense comme moi ». Les enfants aussi. Lowen note que des parents se servent de leurs enfants dans leurs luttes de pouvoir, et que le pouvoir affiché n’est pas toujours le pouvoir réel dans la maison (Fear of Life, 1980, chap. 7 « The Oedipal Conflict Becomes a Fact of Modern Life »).

L’histoire culturelle et religieuse

Fêter Noël ou non, la langue parlée aux enfants, ce qu’un homme ou une femme « doit » faire : chacun arrive avec les règles de sa famille. Tant qu’elles restent implicites, chacun prend les choix de l’autre pour une attaque contre les siennes.

Le fort et le faible : une lecture en Gestalt

Fritz Perls, l’un des fondateurs de la Gestalt-thérapie, a donné un nom à ce jeu : le « topdog » et l’« underdog », le chien du dessus et le chien du dessous (Gestalt Therapy Verbatim, 1969). L’image vient des chiens qui se rencontrent et règlent qui domine : l’un se couche à plat sur le sol pendant que l’autre, debout au-dessus de lui, grogne. Chez les humains, le topdog est celui qui sait, qui ordonne, qui a raison. L’underdog est celui qui se laisse diriger, et parfois se pose en victime.

Perls insiste sur un point qui surprend : le chien du dessous n’est pas le plus faible. Il contrôle l’autre avec d’autres moyens, comme « demain », « tu as raison », « j’ai fait de mon mieux » ou « j’ai oublié ». Gro Skottun et Åshild Krüger, qui reprennent cette idée, donnent l’exemple d’une mère qui demande à son fils de ranger sa chambre. Il répond « oui, juste après… », et l’affaire finit avec une mère en colère qui range elle-même : le fils a gagné la manche (Gestalt Therapy Practice, 2021, p. 144-145). Dans un couple, la scène est la même quand l’un exige et que l’autre dit oui sans jamais le faire.

Phil Joyce et Charlotte Sills décrivent un homme élevé dans l’idée qu’il n’existe que deux positions, puissant ou impuissant, et qu’il faut toujours tenir la première : le compromis lui devient presque impossible. Pour eux, être en bonne santé, c’est pouvoir prendre la position qui convient à la situation (Skills in Gestalt Counselling and Psychotherapy, 3e éd., 2014, p. 119).

Virginia Satir, l’une des fondatrices de la thérapie familiale, regardait les façons de communiquer « avec des yeux de pouvoir » (Making Contact, 1976). Celui qui accuse a un pouvoir : il fait peur. Celui qui cherche toujours à faire plaisir en a un aussi : il rend l’autre coupable. Celui qui reste froidement raisonnable donne à l’autre le sentiment d’être bête. Satir voyait pourtant dans chacune de ces attitudes une qualité à retrouver : derrière l’accusation, la capacité de s’affirmer ; derrière la complaisance, celle de prendre soin (The Satir Model, 1991, p. 52).

Ce que dit la recherche

Une équipe tchèque a étudié 192 couples hétérosexuels tchèques et slovaques, ensemble depuis longtemps. Elle a mesuré la qualité de la relation et la façon dont chacun percevait le pouvoir, le contrôle, la prise de décision et la tendance à dominer. Les couples où le pouvoir était déséquilibré décrivaient une relation de moins bonne qualité, et cet effet était plus net chez les hommes. Chez les femmes, une relation jugée moins bonne allait avec un partenaire qui contrôlait ou dominait (Lindová, Průšová et Klapilová, 2020).

Il faut lire ce résultat avec prudence. L’étude mesure un lien à un moment donné : elle ne dit pas si le déséquilibre abîme la relation, ou si une relation déjà abîmée pousse l’un à prendre le pouvoir. Elle porte aussi sur un seul contexte culturel.

Lutte de pouvoir ou emprise : la différence

L’expression « domination dans le couple » recouvre deux réalités très différentes. Dans une lutte de pouvoir, chacun a des moyens d’agir et s’en sert contre l’autre. Dans le contrôle et l’emprise, une seule personne décide, et l’autre vit dans la crainte de ses réactions.

Repère Lutte de pouvoir Contrôle et emprise
Le pouvoir Chacun a ses armes, ouvertes ou discrètes. Un seul décide, l’autre s’adapte.
La dispute On se dispute, chacun riposte à sa façon. L’un a peur de l’autre et pèse chaque mot.
Dire non C’est possible, même si cela crée un conflit. Cela coûte cher : cris, menaces, punition, silence qui dure.
La vie de chacun Chacun garde ses amis, sa famille, son accès à l’argent. Les sorties, le téléphone, l’argent ou les proches sont surveillés ou limités.
Ce qui aide Apprendre à négocier, avec un tiers si besoin. Se protéger d’abord et demander de l’aide.

Une méta-analyse de 2023 va dans le même sens : le contrôle, la jalousie, le schéma où l’un réclame et l’autre se retire, et le pouvoir de l’auteur y sont associés à la violence psychologique dans le couple (Keilholtz et al., 2023). La peur du partenaire fait partie des signes associés au fait de la subir.

La jalousie peut devenir une arme de contrôle : voyez la jalousie dans le couple. Pour replacer ce bras de fer parmi les autres passages difficiles d’une relation, voyez les crises du couple.

Pour vous situer, le violentomètre, diffusé par le Centre Hubertine Auclert, classe les comportements en trois zones : « Profite », « Vigilance, dis stop ! » et « Protège-toi, demande de l’aide ». Contrôler les sorties ou les habits, isoler l’autre de ses proches ou l’humilier y figurent déjà, avant les coups.

Si vous vous reconnaissez dans la colonne de droite, appelez le 3919 (Violences Femmes Info), gratuit, anonyme et joignable jour et nuit, ou consultez arretonslesviolences.gouv.fr. En cas de danger immédiat, appelez le 17, ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler.

Comment sortir d’une lutte de pouvoir ?

Passer de « qui a raison ? » à « de quoi as-tu besoin ? »

Chaque position défendue avec acharnement protège quelque chose : être respecté, ne pas manquer, ne pas être effacé. Tant que l’on se bat sur la position, on ne voit pas ce besoin. Dire « j’ai besoin d’être consulté avant une dépense importante » ouvre une discussion que « tu dépenses n’importe comment » ferme. La page sur la communication non violente dans le couple donne des exemples de phrases.

Un sujet à la fois

On parle des vacances et l’on finit sur la belle-mère et l’argent. Fixez un seul sujet, et gardez les autres pour plus tard.

Décider de la façon de décider

Qui décide de quoi ? Certaines décisions se prennent à deux, d’autres peuvent revenir à l’un ou à l’autre selon les domaines. Le dire à voix haute retire beaucoup de bras de fer silencieux.

Reconnaître sa part

Celui qui cède toujours a aussi sa part, comme on l’a vu avec le « chien du dessous ». Se demander « quelle arme est-ce que j’utilise, moi ? » est souvent plus utile que de dresser la liste de celles de l’autre. La Gestalt-thérapie parle ici de différenciation : garder la frontière qui distingue chacun de l’autre, au lieu de la perdre en se fondant en lui, ce que Perls et Goodman appelaient la confluence (Wheeler et Axelsson, Gestalt Therapy, 2015, p. 46). Voir les interruptions du contact en Gestalt, dont la confluence.

Repérer le moment où ça bascule

La lutte repart souvent sur le même déclencheur, au même moment de la journée. La page pourquoi les mêmes disputes reviennent dans le couple aide à repérer cette boucle. Et quand la lutte dure depuis des années au point que l’on se demande s’il faut rester, voyez la page renforcer son couple ou se séparer.

Comment je travaille la lutte de pouvoir en séance

Quand les deux veulent avoir raison, je leur dis que c’est donc le couple qui a tort, et je leur propose de revenir à une base fondatrice : sur quoi sommes-nous d’accord ? La même question sert de point de repère dans le bilan de la semaine à deux, quand il tourne à la dispute.

Je ramène aussi les personnes au moment présent, pour qu’elles puissent dire ce qu’elles vivent dans leur couple, leurs souffrances et leurs manques, afin de les transformer en besoins. Quand un reproche part, je demande souvent : « Quel besoin se cache derrière ce reproche ? »

Il arrive que la critique de l’un et la défense de l’autre se rejouent sous mes yeux. Je prends alors le temps de nommer les mécanismes de défense en jeu, puis de les décomposer avec celui ou celle qui s’en sert.

Dès la première séance, je pose presque toujours la question : « Qu’est-ce que la situation que vous vivez vous rappelle ? » Elle touche à l’image du couple que chacun porte en lui, liée à son éducation.

Il est important, dans un couple, de se reconnaître dans ses forces et ses faiblesses, afin que chacun puisse soutenir l’autre et apprendre de lui. C’est un mouvement de connaissance de soi et de l’autre.

Se faire aider à deux

Sortir du « qui a raison » est plus simple avec un tiers qui ne prend pas parti. Une séance de couple dure 1 h 20 et coûte 140 € au Cabinet du Faubourg, 82 rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris 12, ou 120 € en visio (Zoom). Je reçois du lundi au mercredi de 14 h à 23 h, au cabinet ou en visio, et le jeudi de 18 h à 22 h 45, en visio uniquement. Pour la suite, voyez comment se passe la première séance de thérapie de couple, le déroulé d’une thérapie de couple et, si vous vivez loin l’un de l’autre, la thérapie de couple à distance.

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Questions fréquentes

La lutte de pouvoir est-elle une étape normale du couple ?

Beaucoup de livres grand public la décrivent comme une phase qui suit la lune de miel, quand les différences apparaissent. Ce découpage en étapes ne s’applique pas à tous les couples. Se confronter est banal ; le problème vient quand la confrontation devient la façon habituelle de se parler.

Mon conjoint veut toujours avoir raison, que faire ?

Évitez de répondre sur le même terrain, ce qui relance le match. Dites ce dont vous avez besoin, sur un sujet précis, à un moment calme. Si rien ne bouge, un tiers peut aider chacun à voir ce qu’il défend.

Et si c’est toujours le même qui gagne ?

Un déséquilibre de pouvoir va souvent avec une relation vécue comme moins bonne, d’après l’étude sur 192 couples citée plus haut. Si celui qui perd a peur, ne peut plus dire non ou voit sa vie surveillée, il ne s’agit plus d’une lutte : appelez le 3919, ou le 17 en cas de danger.

Peut-on consulter seul quand l’autre refuse ?

Oui. On peut travailler sa propre place dans la relation et sa part dans les bras de fer. La page thérapie de couple quand on vient seul explique comment cela se passe.

Combien de séances faut-il pour sortir d’une lutte de pouvoir ?

Il n’y a pas de nombre fixe : cela dépend de l’histoire du couple et de ce que chacun est prêt à regarder. La page sur la première séance de thérapie de couple décrit par où l’on commence.

Sources

  • Lindová J., Průšová D. et Klapilová K. (2020). Power Distribution and Relationship Quality in Long-Term Heterosexual Couples. Journal of Sex & Marital Therapy, 46(6), 528-541. doi.org/10.1080/0092623X.2020.1761493
  • Keilholtz B. M., Spencer C. M., Vail S. et Palmer M. (2023). Relationship dynamics associated with emotional IPV perpetration and victimization: A meta-analysis. Journal of Marital and Family Therapy, 49(2), 411-430. doi.org/10.1111/jmft.12630
  • Perls F. S. (1969). Gestalt Therapy Verbatim. Real People Press.
  • Skottun G. et Krüger Å. (2021). Gestalt Therapy Practice: Theory and Experiential Learning. Routledge, p. 144-145.
  • Joyce P. et Sills C. (2014). Skills in Gestalt Counselling and Psychotherapy (3e éd.). Sage, p. 119.
  • Satir V. (1976). Making Contact. Celestial Arts.
  • Satir V., Banmen J., Gerber J. et Gomori M. (1991). The Satir Model: Family Therapy and Beyond. Science and Behavior Books, p. 52.
  • Wheeler G. et Axelsson L. (2015). Gestalt Therapy. American Psychological Association, p. 46.
  • Lowen A. (1983). Narcissism: Denial of the True Self. Macmillan, chap. 4 « Power and Control ».
  • Lowen A. (1980). Fear of Life. Macmillan, chap. 7 « The Oedipal Conflict Becomes a Fact of Modern Life ».
  • Centre Hubertine Auclert, le violentomètre (version 2025, consulté le 28/10/2026).
  • Gouvernement français, arretonslesviolences.gouv.fr (3919).

Page écrite par Stéphane Wioland, Gestalt-thérapeute et hypnothérapeute, thérapeute de couple au Cabinet du Faubourg (Paris 12) et en visio. Mise à jour le 29 octobre 2026.

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